FERMETURE DE LA RAFFINERIE DES FLANDRES
Les salariés de Total hésitent entre l'épilogue ou la déclaration de guerre
mardi 09.03.2010, 05:04
Les salariés ont accueilli froidement mais sans surprise l'annonce de la fermeture du site de Mardyck. PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET.Après des mois de périphrases, la direction de Total a annoncé, hier, la « fermeture » de la raffinerie des Flandres. Une clarification qui a provoqué la colère des salariés et la radicalisation du mouvement : les grévistes restés à Mardyck, qui ont regardé à la télévision leurs collègues affronter les forces de l'ordre sur le parvis de La Défense, pronostiquent pour ce matin une assemblée générale « électrique ».
« On était un beau bateau, à quai, avec un capitaine et un équipage. Ils ont largué les amarres, le capitaine s'est enfui.
Maintenant on est à la dérive et on risque de se prendre une vague ou un récif, à moins qu'ils ne viennent avec un sous-marin pour nous torpiller. » Ce salarié de Total, friand de métaphores, a souhaité garder l'anonymat. Convaincu que ce qui est en train de se jouer à Dunkerque n'est « qu'une goutte d'eau » dans l'océan du groupe, il attend le sursaut final. Avant le naufrage.
Dès le milieu de matinée, le délégué CGT David Calbet a relayé auprès des grévistes de Mardyck les informations distillées par les collègues présents au comité d'entreprise. « Ils prévoient une école, un centre d'assistance, un dépôt », énumère-t-il, avant de conclure : « On fait des réunions à Paris toutes les deux semaines et on continue à nous raconter les mêmes conneries. Ils se foutent de nous ! »
Christophe Bouillon aurait bien aimé y aller, lui, à Paris. Le 1er février, déjà, il avait dû rester à Mardyck pour assurer la surveillance des installations. Il est outré. « Ça ne servait à rien de faire un CCE pour dire ça, peste l'opérateur, les yeux rougis par la fumée des pneus qui, devant le site, continuent inlassablement de brûler. Ils jouent sur les mots. En nous parlant de dépôt, il faut qu'on devine nous-même que ça veut dire fermeture. »
Le mot fait son apparition quelques minutes plus tard, dans la bouche d'un présentateur télé. David Calbet s'empresse de passer un coup de fil, avant de hocher la tête. « Ça, ils ne l'avaient pas encore dit », commente-t-il devant des salariés consternés : « Après tout ce qu'on a fait pour que ça tourne ! » « Je comprends pas pourquoi ils font pas quelque chose de potable ici, avec tout leur pognon ! »
Sur les écrans des téléphones, on regarde les collègues s'écharper en direct avec les forces de l'ordre, devant la tour Total de La Défense. Dans les têtes, comme sur les images, rien n'est fini. « J'espère que Foulard (le coordonnateur CGT au niveau national) va remonter les autres raffineries », lance un salarié. D'autres brandissent la menace d'un accident ou d'une pollution sciemment provoquée. « Socialement, on n'était pas bons et on le paie cash aujourd'hui. Mais techniquement, on est très forts et on le montrera jusqu'au bout. Les gens qui n'ont plus rien à perdre sont dangereux », mettent-ils en garde.


