SOCIAL
Total a annoncé la mort du raffinage à Dunkerque
mardi 09.03.2010, 05:07
Environ trois cents salariés de Dunkerque, rejoints à Paris par des collègues d'autres raffineries, mais aussi par des Conti, des Goodyear. Face à eux, six compagnies de CRS et de gendarmerie. PHOTO JEAN-CHARLES BAYON.La guerre n'est pas finie chez Total. Très déçus par les propositions faites hier à Paris par leur direction, notamment un partenariat avec EDF pour la construction d'un terminal méthanier, les salariés de la Raffinerie des Flandres ont promis de durcir le mouvement, avec le soutien des cinq autres sites du groupe. Après un face-à-face musclé avec les forces de l'ordre, ils sont allés manifester sur les Champs-Élysées en milieu d'après-midi.
Raffinerie des Flandres, 6 h, hier matin. Environ 300 salariés du site quittent Dunkerque en bus pour Paris, où un comité central d'entreprise décisif pour leur avenir est programmé au siège de Total à La Défense. Arrivés vers 11 h, ils ont été rejoints par leurs collègues d'autres raffineries et par des salariés de Conti et de Goodyear Amiens, pour former un cortège d'environ 500 personnes.
Vers midi, Christian Votte, secrétaire du CCE, leur annonce les propositions de la direction de Total. Sans surprise, le groupe pétrolier a confirmé l'arrêt définitif du raffinage à Dunkerque (le démontage de la raffinerie pourrait s'étaler jusqu'en 2013). En guise de reconversion du site, mais sans fournir le moindre calendrier, la direction a annoncé la création d'un centre de formation aux métiers du raffinage qui emploierait 25 salariés, d'un centre d'assistance technique (en fait des équipes mobiles qui iraient effectuer des opérations de maintenance sur d'autres sites du groupe) pour 180 salariés, ainsi qu'un dépôt pétrolier qui en concernerait 15 autres.
Et ce n'est pas tout. Outre vingt départs à la retraite anticipés, environ 80 salariés seraient mutés dans les autres raffineries, 30 autres dans des filiales, alors qu'une trentaine seraient intégrés au futur terminal méthanier, projet mené depuis plus de trois ans par EDF, avec qui Total a officialisé un partenariat hier matin. Autre possibilité étudiée par le groupe pétrolier : la création d'une filière de production de biocarburants, projet initialement programmé pour le site de Gonfreville, en Normandie.
« On frappera fort »
Réaction des salariés : « Total avait promis un projet industriel, il n'y en a pas ! Le terminal méthanier ? Ce n'est qu'un dépôt et il ne sera opérationnel qu'en 2014. D'ici là, qu'est-ce qu'on va faire ? Quant à l'unité de biocarburants, Total avait déjà eu ce projet en 2006, mais l'avait rapidement abandonné au prétexte qu'il était trop cher. Quand vont-ils arrêter de nous mener en bateau ? », interroge Dimitri. « Total recherche l'effet d'annonce pour duper les gens. Son partenariat avec EDF n'a qu'un objectif : capitaliser, car les emplois ne seront pas pour nous », enchaîne Philippe.
Et Marc d'ajouter : « Pour le centre d'assistance technique, cela signifie qu'on va balader 180 salariés en France et à l'étranger. Nous ne voulons pas de ça car nous sommes très attachés à notre région. » Autre point déploré par les salariés : l'absence de propositions pour les 450 sous-traitants du site. « Pas un mot sur eux ! Que vont-ils devenir ? Total s'en fout ! », estime Marc.
Comme le 1er février, les salariés de la Raffinerie des Flandres ont tenté de pénétrer de force dans les locaux de Total. Ils ont été repoussés à coups de lacrymogène et de matraque par six compagnies de CRS et de gendarmerie, avant d'aller manifester pendant une heure et dans le calme sur les Champs-Élysées.
Prochaines étapes : une assemblée générale de l'intersyndicale ce matin à Dunkerque et demain matin au niveau national. « On frappera fort le moment opportun », prévient Charles Foulard, coordinateur CGT du groupe. Deux semaines après une première grève générale, le spectre d'une pénurie de carburants refait surface.


