ÉNERGIE
La pilule a du mal à passer chez les salariés de la Raffinerie des Flandres
mercredi 10.03.2010, 05:04
Interrogés par les médias hier, Philippe Wullens et Marc Pigeon étaient encore très remontés... PHOTO JEAN-CHARLES BAYON.Éprouvés par leur périple parisien de lundi, les salariés de la Raffinerie des Flandres ont toujours du mal à avaler la pilule. « Nous sommes allés demander du travail à notre direction et que s'est-il passé ? Nous avons été accueillis à coups de lacrymogènes et de matraques, c'est tout simplement une honte », déplore Philippe Wullens, délégué SUD, résumant ainsi un sentiment largement partagé par ses collègues du site.
Hier matin, après une nuit plus ou moins réparatrice, certains salariés de la Raffinerie des Flandres conservent encore sur le corps des traces du face-à-face de la veille avec les forces de l'ordre. « Et ta main, ça va mieux ? », s'inquiète un salarié, à propos de son collègue blessé lundi. « Quand on pense qu'il y avait même des femmes parmi nous qu'ils n'ont pas hésité à "gazer" et à repousser avec leurs matraques, c'est lamentable », s'indigne un autre salarié.
Écoeurés et remontés, tant par les « annonces » de leur direction que par le déploiement massif des forces de l'ordre (une centaine de policiers et de gendarmes mobiles), les grévistes de la Raffinerie des Flandres ont tenu une assemblée générale hier matin. Objectif : déterminer les suites à donner à leur mouvement, initié le 12 janvier.
Outre l'intention d'interpeller de nouveau l'État pour réclamer un médiateur, l'intersyndicale mise beaucoup sur le soutien des autres raffineries, et plus globalement, sur celui des entreprises de l'industrie chimique. Hier après-midi, la FNIC (Fédération nationale des industries chimiques) a rajouté à l'ordre du jour de son assemblée générale la situation de la Raffinerie des Flandres et du raffinage en général. Demain, ce sera au tour de l'intersyndicale du groupe Total d'étudier les moyens d'actions pour protester contre l'annonce de l'arrêt du raffinage à Dunkerque. « La dernière fois, nous n'avons fait que suspendre notre mouvement. En clair, nous restons solidaires de nos camarades de la Raffinerie des Flandres et frapperons fort au moment opportun », avait prévenu la veille Charles Foulard, coordinateur CGT de Total.
Action en justice
Lundi, l'intersyndicale a par ailleurs donné mandat au secrétaire du CCE afin d'ester en justice : d'abord, pour ordonner la reprise du raffinage à Dunkerque ensuite, pour entrave aux instances représentatives du CCE, « la direction ayant pris la décision de stopper la raffinerie avant d'en informer les élus du CCE », explique Marc Pigeon, délégue CGT.
Côté politiques, le ministre de l'Industrie, Christian Estrosi, a estimé que le projet de reconversion industrielle de Total était « une base de départ pour le maintien de l'emploi ». Il a toutefois demandé des propositions rapides pour les sous-traitants, grands oubliés du CCE de lundi (lire en pages Économie). « J'ai demandé à Total le dossier détaillé des projets et j'entends disposer d'une expertise relative aux impacts réels de ces projets en termes de création d'emplois et d'effets économiques sur le bassin dunkerquois (...) Je note que Total s'est engagé à conduire son projet sans aucun licenciement et à garantir un emploi pour chaque salarié (...). Je demande cependant à la direction de formuler rapidement des propositions complémentaires précises, s'agissant notamment de la situation des emplois sous-traitants. »
Réponse des salariés : « M. Estrosi doit avoir la mémoire courte. N'avait-il pas demandé à Total de reprendre le raffinage à Dunkerque si le groupe ne prévoyait pas un véritable projet industriel de substitution ? Notre ministre devrait revoir la définition du mot "raffinage"... » Reste une question : en supposant que les grévistes de la Raffinerie des Flandres acceptent les propositions de leur direction, que feront-ils dès demain ? « Nous n'avons aucun calendrier, souligne l'un d'eux. Tous les projets annoncés vont prendre du temps à mettre en place, comment notre direction va-t-elle nous occuper en attendant ? » Participer au démantèlement du site jusqu'en 2013 ? Une telle mission, en fait, devrait plutôt revenir aux sous-traitants initialement prévus pour le grand arrêt. Comme le souligne toutefois un salarié : « Pour que cela soit possible, il faudrait que nous acceptions d'abord de dégazer les installations, mais nous ne le ferons pas ».


