TRAJECTOIRE PERSONNELLE
Thierry Klein invente le capitalisme altruiste par le gorille
samedi 03.04.2010, 05:06
Chez lui, près de Lille. «Donner en actions est bien plus efficace que donner en argent.» PHOTO MAX ROSEREAUUne nouvelle forme d'entrepreneuriat social voit le jour en France dans la campagne du Pévèle, près de Lille. Le président de Speechi a décidé d'offrir 10 % du capital de sa PME à une ONG de défense des grands singes. Bienvenue au « capitalisme altruisme », dont les principes libéraux doivent soutenir un monde meilleur.
C'est un dos argenté dans la jungle rwandaise. Le grand mâle est l'un des derniers gorilles des montagnes, 250 kg de muscles, aussi fragile qu'un accord international contre les extinctions animales : ils sont à présent moins de 700 à l'état sauvage, autant dire une poignée, « génocidés » par le braconnage et la déforestation. Près d'eux, il y a bien Eugène Rutagarama, lui-même rescapé du génocide dans le même pays, prix Goldman 2001, l'équivalent du Nobel pour les défenseurs de l'environnement. Cet homme a rebâti le parc naturel du Rwanda et tente, avec son ONG, l'IGCP, de sauver les derniers grands singes réfugiés sur les hauteurs. Il n'est pas seul. Un coin de Bachy frémit, petit village niché derrière Cysoing, soutien inattendu - et inédit.
Causes toujours
Thierry Klein ne veut pas « être le plus riche du cimetière ». « Un chef d'entreprise pense toujours à l'argent.
Pour moi, l'argent n'est pas la seule mesure du succès d'une entreprise ». La preuve, Speechi, 12 salariés pour 2,5 ME de chiffre d'affaires dans les solutions nomades pour l'enseignement (tableaux interactifs, etc.), fut couronnée l'an dernier par le cabinet Deloitte lauréate de la plus belle croissance en cinq ans, à 880 %. Thierry Klein, en patron innovant, a décidé de moins s'enrichir personnellement. « Capitaliste altruiste », c'est une marque déposée, il donne 10 % de son capital à une cause d'intérêt général. C'est un don en actions, l'IGCP entre gratuitement dans le capital de l'entreprise en devenant actionnaire. À ce titre, l'ONG profitera du meilleur effet de levier en cas d'augmentation du capital ou de vente de la PME. « Contrairement à la Fondation Hulot, sous tutelle de grandes entreprises, l'ONG est à l'abri d'un renouvellement de confiance tous les ans. » L'opération ne touche pas l'entreprise, mais son dirigeant. Elle ne concerne pas le compte de résultat, mais la valorisation de Speechi. Thierry espère convaincre d'autres dirigeants de le suivre en cédant un peu de leur capital à des causes humanitaires ou environnementales. « Mes salariés sont fiers de donner du sens à leur travail. Le développement est toujours libéral, on doit être rentable et on ne fait pas comme les grands groupes du CAC 40 qui font dans "l'humarketing" en améliorant la performance par celle de l'image, via la communication sur le développement durable. » Les gorilles apprécieront.


