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Energie et Environnement

APRES LA FERMETURE DE LA RAFFINERIE DES FLANDRES

Raffinerie des Flandres de Total : « J'ai vu des collègues souffrir, pleurer, et pire... »

lundi 13.02.2012, 05:11
Raffinerie des Flandres de Total : « J'ai vu des collègues souffrir, pleurer, et pire... » R-F Lerooy (à gauche) travaille aujourd'hui pour Total en Martinique. À g., Philippe Wullens (syndicat Sud, avec le micro) et Marc Pigeon (CGT, à dr. sur la photo), en plein conflit à la raffinerie des Flandres.

En février 2010, les salariés de la raffinerie des Flandres étaient sous la lumière des projecteurs : mobilisés pour sauver leur outil de travail et soutenus par l'opinion publique, ils espéraient pouvoir faire changer d'avis le géant pétrolier. Deux ans après, les « Total » sont retombés dans l'anonymat. Que sont-ils devenus ? Et quels souvenirs gardent-ils du conflit ?

René-François Lerooy, 48 ans.- « Je conserve le souvenir d'un gâchis humain et industriel, et, en particulier, celui, intolérable, du silence de la direction. Aujourd'hui, je travaille au service "sécurité" de la SARA (Société anonyme de raffinerie des Antilles), en Martinique. Pourquoi ce choix ? Pour l'opportunité de changer de métier et de travailler au soleil. Aujourd'hui, mes proches et moi nous sentons plutôt bien dans cette nouvelle vie, mais j'ai souvent une pensée pour les collègues qui ne sont pas encore sortis de ce désarroi. »

Stéphane Honvault, 39 ans.- « Je suis parti en Arabie Saoudite pour former les opérateurs extérieurs et les aider pour le démarrage de la raffinerie d'Al-Jubail. J'ai décidé de partir car je voulais faire de l'expatriation (démarrages, nouveaux projets, etc.) depuis des années. Il a malheureusement fallu que la raffinerie des Flandres ferme pour que je puisse vivre cette expérience. Je me suis bien intégré au projet, c'est un travail intéressant qui me permettra de voir les différentes étapes de la vie d'une raffinerie, de la construction jusqu'au démarrage et à la fiabilisation. Nous sommes une dizaine de Flandres à travailler en Arabie Saoudite. On est en famille car pour moi, la raffinerie des Flandres, par sa dimension, était une grande famille où il faisait bon vivre. Quand je pense à cette époque désormais révolue, je suis nostalgique et j'éprouve de la rancoeur car on nous a pris pour des petites mains sans importance face aux enjeux financiers (...). Pendant tout ce temps-là, j'ai vu des collègues souffrir, pleurer, et pire, le suicide de l'un d'entre nous. »

Christophe Bouillon, 35 ans.- « J'ai d'abord le souvenir d'un bras de fer avec une direction sourde à nos questions, à nos revendications ; bref, une direction menteuse sans aucune communication, qui a essayé de faire passer en force la fermeture du site. Ensuite, le souvenir d'un abandon total de la direction, qui nous a laissés faire notre pseudo-grève pour nous lasser de ce conflit qui a trop duré, avec trop de rebondissements. Depuis, j'ai eu l'opportunité de partir à la SARA, en Martinique, où j'occupe le même poste qu'à Mardyck. Ce nouveau départ m'a aidé à tourner la page de "l'après-raffinerie". Cette nouvelle vie nous convient parfaitement, à ma famille et à moi, même si on a dû faire des sacrifices, comme la démission de ma conjointe. Cela a été l'occasion de changer de vie. »

Thomas Manier, 29 ans.- « Après l'arrêt de la production, en septembre 2009, nous avons vite eu le sentiment que la direction locale ne nous disait pas toute la vérité et plus les semaines défilaient, plus le silence des unités de production était pesant sur notre moral (...). Pour être honnête, j'envisageais de plus en plus le départ de Flandres, comme certains de mes camarades. Pendant le conflit, les journées étaient longues, trop longues. Les simples divergences d'opinions sont vite devenues plus compliquées à gérer et des clans se formaient. Tout ceci, bien sûr, en gardant comme ultime objectif de redémarrer notre raffinerie. Mais plus les semaines passaient, plus nous étions pessimistes. Je sais, pour avoir été au coeur du conflit, que la grande majorité des gens pensaient au fond d'eux à "l'après-Flandres". Mais le dire à voix haute signifiait renoncer et donner un peu moins de crédibilité aux organisations syndicales qui se battaient pour l'impossible, mais que je salue pour leurs actions (...). Une chose m'a frappé pendant ce conflit : les moutons sont devenus lions ! Comme si ces personnes, si calmes d'ordinaire, qui avaient tout donné à leur entreprise, avaient atteint un point de non-retour et pris cette décision de fermeture comme une trahison de l'encadrement (...). J'ai volontairement quitté "Flandres" en juillet pour partir en Arabie Saoudite et suis pleinement satisfait de mon nouveau poste. Je ne suis revenu qu'une fois à Dunkerque pour les fêtes de fin d'année et je n'ai pu m'empêcher d'avoir un profond pincement au coeur en passant devant mon ancien site. Une page s'est tournée. D'autres cherchent encore leur voie. Je leur souhaite vraiment bon courage dans cette épreuve humaine et professionnelle. » •

PHOTO REPRO « LA VOIX » ET PHOTO ARCHIVE JEAN-CHARLES BAYON.

PAR OLIVIER DUFOURG ET ESTELLE JOLIVET
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