Ferroviaire

Le casse-tête de la boucle ferroviaire

Publié le 09/05/2007 à 09h19

Lavoixeco - Où placer, dans le Nord - Pas-de-Calais, une boucle d'essais ferroviaires de vingt-cinq kilomètres pour tester les trains du futur, réclamée par les industriels du secteur, sans susciter une levée de boucliers des riverains des huit sites pressentis ? C'est le casse-tête auquel est confronté le conseil régional.

Le casse-tête de la boucle ferroviaire
Lavoixeco - Où placer, dans le Nord - Pas-de-Calais, une boucle d'essais ferroviaires de vingt-cinq kilomètres pour tester les trains du futur, réclamée par les industriels du secteur, sans susciter une levée de boucliers des riverains des huit sites pressentis ? C'est le casse-tête auquel est confronté le conseil régional.

C'est un sujet qui fait un peu penser à celui de l'A24, tant il suscite dans les secteurs concernés passions et oppositions. Cette fois ce n'est pas d'autoroute mais de voie ferrée qu'il s'agit. Explication d'un dossier complexe qui constitue un véritable casse-tête pour les élus régionaux.

> Comment est né ce projet ? – Le label de pôle de compétitivité à vocation mondiale a été obtenu par l'association I'Trans qui rassemble les industriels du ferroviaire, les chercheurs et l'université de Valenciennes. Dans leurs projets figure un centre d'essais ferroviaires pour tester le matériel.

> À quoi doit servir cette boucle d'essais ? – Elle doit permettre de faire circuler des prototypes à des vitesses de 200 à 220 km/h (250 en ligne droite) notamment pour des tests d'endurance. Elle doit donc avoir la forme d'un anneau, avec une ligne droite relativement longue et être implantée sur une zone sans pente importante.

> Un centre d'essais existe-t-il déjà ? – Un polygone d'essais est en service dans la forêt de Saint-Amand à Petite-Forêt mais il s'agit d'un petit circuit de 3 km sur lequel on ne peut dépasser 90 km/h. Conçu pour du matériel de style RER, il n'est pas adaptés aux trains rapides inter-cités du futur.

> Pourquoi a-t-on d'abord envisagé une implantation entre Valenciennes et Le Quesnoy ? – Pour profiter de la proximité avec les industriels du ferroviaire implantés dans le secteur ainsi que de la présence à Valenciennes de l'Agence européenne de sécurité ferroviaire. Devant les oppositions manifestées dans le secteur, un cabinet spécialisé a cherché, à la demande du conseil régional, d'autres sites possibles.

> Où en est cette recherche ? – Le travail effectué par le cabinet Tractebel a recensé dans la région 78 sites susceptibles d'accueillir un anneau avec une emprise de 13 km de long et 5 km de large, situés à proximité du réseau ferré actuel. On a ensuite procédé par élimination. Au final, 8 sites ont été retenus pour un examen plus approfondi.

> Quelles sont les contraintes de la boucle d'essais ? – Être de préférence à plus de 20 km des côtes pour éviter les vents marins et les dépôts de sel sur les caténaires, éviter les zones boisées pour les dépôts de feuilles sur les rails, éviter les zones urbanisées en raison des nuisances sonores et des expropriations dans un fuseau de 250 mètres de part et d'autre du tracé, prendre en compte les zones humides, la faune et la flore pour la protection de l'environnement. Le site doit pouvoir être éclairé pour une exploitation 24 heures sur 24. Il ne doit pas « encercler » trop de villages.

> Où en est la concertation sur le sujet ? – Daniel Percheron, président du conseil régional, a mis en place une structure de concertation regroupant élus, responsables économiques, militants associatifs. Elle est présidée par le sénateur Paul Raoult et a tenu de multiples réunions. Dans le même temps, les opposants ont mobilisé plusieurs centaines de personnes hostiles au projet lors de réunions publiques tant en Sambre-Avesnois que dans les Flandres.

> Quel est l'enjeu économique du projet ? – Les industriels du ferroviaire font valoir que cette boucle d'essais est vitale pour les milliers d'emplois que pèse ce secteur d'activité dans le Valenciennois. Ils mettent en avant l'avenir porteur pour le rail au niveau mondial, l'importance de la recherche dans ce domaine. La boucle servirait à la certification du matériel au niveau européen.

> D'autres pays se sont-ils positionnés sur ce créneau ? – Paul Raoult indique que la Roumanie et la Tchéquie sont prêtes à accueillir une boucle d'essais ferroviaires qui serait financée avec des fonds européens importants. Cette concurrence fait craindre à terme une délocalisation des emplois du ferroviaire hors de la région.

> Quel est le calendrier ? – Daniel Percheron a indiqué qu'une décision sur ce dossier devrait intervenir avant la fin de l'année. Une négociation devra également déterminer qui financera cet anneau d'essais. Les industriels du ferroviaire, la Région, l'État et l'Europe devraient y contribuer.

La Voix Éco