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La CFDT rend la monnaie de sa pièce à la direction : le « Berlioz » reste à quai
samedi 03.12.2011, 05:09
Le "Berlioz" est toujours amarré au quai sucrier. PHOTO JEAN-PIERRE BRUNETHier, le « Berlioz » a reçu l'ordre de quitter le port de Calais pour rejoindre Boulogne.Mais la CFDT, syndicat majoritaire, a déclenché le droit de retrait, estimant que les conditions de sécurité n'étaient pas réunies.
Depuis le 15 novembre, le trafic des navires SeaFrance est totalement interrompu. La direction de la compagnie avait pris la décision de stopper le trafic officiellement parce que « des doutes existaient sur la sécurité des expéditions maritimes ». Hier pourtant, la direction a commandé à l'équipage du Berlioz, accosté au port est, d'appareiller afin de faire route vers Boulogne. La capitainerie du port de Calais, appuyée par une injonction préfectorale, avait en effet demandé à ce que le navire quitte son emplacement. Il s'agissait de faire de la place sur le quai sucrier, où est actuellement amarré le Berlioz, en prévision de l'arrivée d'un navire, mardi.
Mais hier, le Berlioz n'a pas bougé. En effet, Eric Vercoutre, secrétaire (CFDT) du comité pour l'hygiène, la sécurité et les conditions de travail (CHSCT), a décidé de déclencher un droit de retrait, en reprenant à son compte, et mot pour mot, les arguments développés par la direction pour justifier l'arrêt de l'exploitation. « Les gens sont tendus, nerveux, et il est évident qu'ils ne peuvent naviguer en toute sécurité », ironise Eric Vercoutre. Pour Didier Cappelle, secrétaire du syndicat maritime Nord, c'est « l'histoire de l'arroseur arrosé. Cette direction est irresponsable, elle justifie l'arrêt des navires par un faux prétexte. » Prétexte que la CFDT renvoie ainsi dans le camp de la direction, dans ce qui ressemble de plus en plus à une partie de ping-pong. « Si la direction nous certifiait que le danger de naviguer n'existe plus, nous serions les premiers satisfaits et retirerions ce droit de retrait », ajoute Eric Vercoutre, voulant ainsi pointer les contradictions de ses interlocuteurs, et rappeler que son syndicat se bat pour la reprise du trafic.
Le Berlioz va-t-il finalement faire route vers le port de Boulogne ? Peut-être, mais pas tout de suite. Une inspection technique, préalable indispensable à la navigation, était prévue hier soir. Week-end oblige, l'autorisation de naviguer ne pourrait pas être délivrée avant lundi. Et la place ne sera toujours pas faite sur le terminal sucrier.
La même incertitude plane également sur les autres navires. Le tribunal de grande instance de Paris, saisi en référé par la CFDT afin de faire reprendre le trafic, avait nommé un médiateur, Daniel Schlesinger. Sa tâche s'achevait hier. « C'est un vrai médiateur, qui a bien fait son travail en tentant de rapprocher les points de vue, commente Didier Cappelle. Or, nous, nous n'avons rien à rapprocher, nous réclamons simplement la reprise du trafic. » Le tribunal parisien rendra son ordonnance mardi. « Même si le jugement nous est favorable, encore faudra-t-il qu'il soit exécuté. Peut-être faudra-t-il alors saisir le juge de l'exécution... » On n'en est plus à une audience près. La semaine dernière, le tribunal d'instance de Calais avait donné raison à la CFDT, qui attaquait la direction à propos d'élections professionnelles. Mardi, la compagnie sera à la barre du tribunal correctionnel de Boulogne, pour délit d'entrave.

