Les vieux pneus, l'or noir dont Roll Gom fait son caoutchouc
samedi 09.04.2011, 05:13
«Nos opérateurs sont payés plus que le SMICparce qu'on estime que le travail est dur», dit Richard Lett. PHOTO PASCAL BONNIÈREIl y a une chance sur deux pour que les roulettes de votre poubelle aient été fabriquées par Roll Gom, tout comme les roues de votre nettoyeur haute pression. À l'origine de ces produits en caoutchouc, des pneus usagés.
Richard Lett, président de Roll Gom, désigne d'un geste bonhomme l'or noir, disposé en terril derrière lui, qui alimente son usine de transformation : des pneus usagés déchiquetés on dit des « chips ». Il en reçoit cent tonnes par jour, soit 10 % des pneus collectés en France (les autres sont brûlés, enfouis ou, plus rarement, transformés en revêtement sportif). C'est gratuit, ou presque. On ne paye que la collecte. Mais c'est utile. Chaque jour, à l'autre bout de la chaîne, Roll Gom sort 50 tonnes de roues de manutention en caoutchouc, une matière naturelle qui se négocie à 4 000 euros la tonne. Entre les deux, c'est une question de savoir-faire.
« L'art, c'est de bien séparer les produits », explique Richard Lett. Broyés, lavés, moulinés, soufflés, aimantés, les vieux pneus livrent quatre sous-produits : 5 % de déchets ultimes 5 à 10 % de fibres textiles qui sont envoyées en usines de recyclage (mais Roll Gom espère un jour en faire des nappes pour l'industrie auto) 20 % de ferraille, vendue au poids à Arcelor Mittal. Le reste, c'est de la poudre de caoutchouc que Roll moule et recuit pour en faire des roues, dont 65 % partent à l'export, principalement vers l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Chine.
Simple et lucratif
Simple et lucratif, le business de Roll Gom ne fait pourtant pas école. Cette PME de 95 salariés est seule en France sur son marché. Du coup, son potentiel de croissance est énorme. « On ne va pas s'arrêter là, annonce Richard Lett. Notre but, c'est de remplacer tous les produits en caoutchouc vierge par les mêmes en caoutchouc recyclé ». Pour commencer, les trois ingénieurs de Roll Gom planchent sur des pare-chocs pour matériel de manutention, des patins de palettes, des raccords de rail... tout en caoutchouc. Avec de tels débouchés, « on peut rapidement doubler le tonnage », estime le président.
D'autant que Roll Gom devrait aussi se développer en amont. Elle prévoit d'installer une ligne de broyage sur un terrain voisin pour faire elle-même ses chips, avec des pneus entiers. « Ça nécessiterait un investissement de deux millions d'euros ».
Richard Lett a d'ores et déjà le soutien de son unique actionnaire, Aurea. Joël Picard, président de ce groupe européen dédié au recyclage, le définit comme « une drôle de bête, cotée en Bourse pour être indépendante des banques », qui « distribue très peu de dividendes mais qui est capable de lever des capitaux et de les réinvestir quand c'est nécessaire ». Il précise que cette mission de service public, modèle d'économie circulaire efficace, se fait « sans aucune subvention ».


