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CONSTRUIRE DANS LA MÉTROPOLE

Vingt ans qu'elle grandit : « Euralille ne finira jamais »

jeudi 17.04.2008, 05:31
Vingt ans qu'elle grandit : « Euralille ne finira jamais » Un livre sur Euralille vient de sortir, quelques-uns de ses (illustres) auteurs l'ont présenté. PHOTO NICOLAS DELEPIERRE.

Euralille a 20 ans. D'une ambition, en 1988, au départ de Pierre Mauroy, en 2008, c'est, au-delà d'une ZAC, un nouveau quartier qui est né et qui continue d'évoluer. Un livre, « Euralille, chroniques d'une métropole en mutation », vient de sortir, cosigné par trente-six acteurs de cette aventure.
Quelques-uns étaient réunis, lundi, au Furet du Nord de Lille. Comme un hommage à Pierre Mauroy.

Des mots clés : Thatcher, TGV, tertiaire, Rem Koolhaas. Ils sont à la naissance d'Euralille, il y a vingt ans. L'ancien Premier ministre britannique, les gares, l'architecte hollandais des premières tours étaient évoqués, lundi, au Furet du Nord de Lille. Ce qui devait être un débat fut davantage le récit de deux décennies cruciales, vues par des architectes, des urbanistes, des élus. Il a donné l'envie de se plonger dans ces cent quatre-vingts pages pour comprendre l'émergence de ce nouveau quartier, symbole de la métropole lilloise.

Margaret Thatcher.- «  Il a fallu la séduire... Pas facile, c'était une dame assez inflexible, qui aimait l'insularité de son Angleterre  », a dit dans un sourire Pierre Mauroy, lundi soir. Un moment essentiel a déterminé l'arrivée du TGV à Lille, la construction de Lille-Europe, et donc le développement du tertiaire : le jour où M. Thatcher « n'a pas dit non » au tunnel sous la Manche. La bataille avec la SNCF, qui voulait contourner Lille, a suivi. « Je voulais à tout prix que les TGV se croisent en gare de Lille, presque en centre-ville », écrit P. Mauroy, qui a dû convaincre que la ville était « le centre de gravité d'un triangle isocèle Paris-Londres-Bruxelles  ». Pari gagné. Euralille pouvait naître. La société date de 1990.

L'architecture.- Elle est omniprésente dans le livre, car c'est d'abord une transformation physique qui a touché ce secteur. «  Le jury avait auditionné plusieurs architectes », se souvient P. Mauroy. Pour entourer la nouvelle gare TGV et le centre commercial, l'un proposait un immense jardin ; un autre, une architecture inspirée du Vieux-Lille, pour assurer la continuité ; un troisième imaginait des « coutures  » entre Saint-Maurice, Euralille, le Vieux-Lille ; le quatrième a été retenu, le Néerlandais Rem Koolhaas et son équipe, « des gens extraordinaires qui mélangeaient liberté et extrême ri-gueur ». Une Euralille moderne émerge, très critiquée aussi, « premier projet d'expression contemporaine imaginé par une ville à côté de son centre ancien, déclare François Grether, urbaniste du Romarin.
Lille détonait mais a été le précurseur pour d'autres villes ».

La crise de 1995-1996.- Alors qu'Euralille doit prendre son essor, c'est la crise. « Les Français ont eu l'absence d'appétit d'acheter, c'est terrible », se remémore P. Mauroy. Dans le livre, il écrit : « Pendant un an et demi, nous n'avons pas vendu un mètre carré. Lorsque je longeais les murs d'Euralille qui montaient, je me disais : construisez moins vite ! Nous allons manquer d'argent ! »

Du silence au milieu du bruit.- Euralille 2, deuxième ZAC à côté de la première, dans son prolongement, a été imaginée en 1999 et lancée en 2000, avec la transformation du boulevard Hoover, devant Lille Grand Palais. Non loin du nouveau siège de Région, on imagine un « bois habité ». « Comment, avec l'autoroute et le chemin de fer, imaginer un quartier dont on n'a pas envie de partir ? Comment mettre du silence au milieu du bruit ?  », interroge l'aménageur de la ZAC, François Leclercq. La qualité des logements et des espaces publics a été au centre des préoccupations. Le Bois habité est né. Les grands arbres qui ont été plantés feront bientôt totalement écran. « Nous avons réussi à faire d'Euralille un vrai quartier, pas un ensemble de tours comme à la Défense, est intervenue Martine Aubry. Certes, c'est une turbine tertiaire, mais elle intègre aussi des lieux doux. »

Euralille 3, etc.- « Euralille ne finira jamais, a affirmé Pierre Mauroy. C'est la volonté supérieure de Lille. On peut encore imaginer des constructions futuristes, cela ira bien plus loin que le secteur Saint-Sauveur. J'aimerais que cela revienne ensuite vers la porte de Paris, comme un cercle d'architecture contemporaine en centre-ville, dans la grande métropole que nous devons construire. » •

PAR STÉPHANIE FASQUELLE

ILS L'ONT DIT

> Claude Dhinnin, ancien maire de La Madeleine : « Le directeur d'Euralille m'a très vite rendu visite pour qu'on fasse partie du projet, d'autant que cela concernait des terrains en partie sur la commune et dont je ne pouvais rien faire. Deux villes politiquement différentes... C'était un risque, mais nous y sommes allés avec la volonté de réussir. » 
> Bruno Bonduelle, président de la chambre de commerce et d'industrie Grand Lille : « Il faut densifier, je crois même que dans cinquante ans, il faudra démolir des immeubles années 80 pour construire des tours deux fois plus hautes. Il faut aussi penser au développement durable.
J'espère que dans le règlement d'urbanisme de demain, on interdira toute construction de bureaux à plus de 300 mètres d'un transport en commun, qu'on ne se retrouve pas avec un site comme la Haute Borne à Villeneuve-d'Ascq. » 
> Jean-Louis Subileau, directeur général de la SAEM Euralille : « Il faut faire le quartier Chaude-Rivière, c'est la rotule d'Euralille, il va transformer la vision des Lillois, faire comprendre ce nouveau quartier. Terminer la figure d'Euralille se fera avec le casino. Ainsi, ce casino, Lille Grand-Palais et Lille-Europe feront partie du centre-ville. Un autre immeuble, à côté de l'URSSAF, en bordure du boulevard Hoover, est prévu.
Il mêlera bureaux et logements, y compris sociaux. Il faudra aussi construire vers Coubertin, là où il y avait les autoponts. Quant au périphérique, il faudra le couvrir progressivement. Le destin d'Euralille est d'être un quartier normal. »
> Martine Aubry, maire de Lille : « Euralille a été conçue dans une grande modernité. Je pense aussi qu'il faut densifier, mais il ne s'agit pas d'entasser. On peut faire de la qualité, imaginer des décrochages, des jardins suspendus... » •

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