UNIVERSITÉ D'ÉTÉ
Un MEDEF estival à la recherche de ses temps nouveaux
jeudi 03.09.2009, 07:46Ambiance studieusement décontractée sous les blancs chapiteaux du campus HEC près de Paris : la onzième université du MEDEF est la première à s'ouvrir en temps de crise économique et morale. Plus de cinq mille patrons y réfléchissent depuis hier au monde que leurs enfants peuvent espérer.
Laurence Parisot avait voulu atterrir en parachute, l'an dernier, au milieu de ses pairs. Elle ne l'a pas fait. Et de toute façon, le profil est plus terre à terre cette année. Hier, la patronne des patrons est donc apparue simplement au côté de Cherie Blair, épouse de l'ancien Premier ministre britannique, grande avocate défenseur des droits de l'enfant.
Une université d'été de la principale organisation patronale reste l'événement économique de la rentrée avec ses vingt-six ministres, dont quinze Français, ses quatre cent cinquante journalistes et ses seize patrons du CAC 40.
Personne à Jouy-en-Josas ne contestera le choix de parler de l'après-crise, du « socle des valeurs » et de la place des enfants. « Nous sommes capables de poser toutes les questions, a introduit Laurence Parisot. Les profits, l'absence de profits, la croissance, la tentation de la décroissance, et la question fondamentale de la liberté. »
Une quarantaine de Nordistes
Le MEDEF écoutera Lech Walesa, (la chute du mur de Berlin fêtera bientôt ses vingt ans), la présidente de la République lituanienne ou Clara Rojas, ancien otage des FARC en Colombie. Symbole ! Sur les estrades et les murs, une dominante « bleu chocolat » et un mignon blondinet qui semble scruter le monde futur de sa longue-vue. Autre symbole. Et dans les allées, sous un soleil capricieux, des dirigeants sans cravate, chemise ouverte et souvent souriants, viennent éprouver l'ambiance du thème des trois jours, « à la recherche du temps nouveau ».
Parmi eux, une quarantaine de Nordistes salariés du MEDEF, chefs d'entreprise (IBM, Leroux...), responsables consulaires, consultants, etc., emmenés par Jean-Pierre Guillon, président du MEDEF régional et membre du collège exécutif national. Ils ont écouté les conférenciers sur les enfants interdits d'enfance (avec le bouddhiste Matthieu Ricard au côté d'Alain Juppé !), l'enfant et les retraites, les enfants de Bill Gates, etc.
La tradition patronale nordiste est profondément collective (on fait les choses ensemble), paritariste et autonome dans ses choix d'accompagnement du développement économique (« On ne doit compter que sur nous-mêmes pour nous sortir des pétrins »). Pour ces raisons, au moins, le MEDEF régional semble plus opérationnel qu'ailleurs sur le savoir-faire et cela se ressent dans les conversations de travées.
Ces universités d'été ont été imaginées au départ pour dépoussiérer un patronat en reconquête d'image. Non réservées aux seuls adhérents, elles s'ouvrent aux thèmes sociétaux et aux chasses intellectuellement gardées de la gauche. Bien noté.
Sans Nicolas Sarkozy
En phase avec la politique fiscale de Nicolas Sarkozy (absent dans les Yvelines cette année), Laurence Parisot presse le gouvernement sur la réforme des retraites, maintient sa vigilance sur celle de la taxe professionnelle et plébiscite l'Élysée sur les messages très politiques de moralisation du capitalisme (bonus des traders, banquiers abusifs...).
Laurence Parisot brigue un second mandat et s'efforcera de présenter la bonne figure d'une organisation ressoudée. Mise à mal par l'accumulation des plans sociaux et par les pratiques archaïques de quelques patrons profiteurs de crise, l'image des patrons doit être sauvée du déficit de confiance dans la classe des entrepreneurs.
C'est l'enjeu de ce grand rendez-vous hyper médiatisé et personne ne s'y trompera.

