Sidérurgie et Métallurgie

LA FIN DE CHARBONNAGES DE FRANCE (2/3)

J.-P. Kucheida : « CDF qui disparaît, c'est surtout la fin des grandes illusions »

samedi 29.12.2007, 05:50
J.-P. Kucheida : « CDF qui disparaît, c'est surtout la fin des grandes illusions » 1971 - 2007... trente-six ans de négociations avec CDF pour Jean-Pierre Kucheida! PHOT ARCHIVES JY BONVARLET

Jean-Pierre Kucheida est président national de l'association des communes minières (ACM). Le député-maire de Liévin entretient des relations passionnées avec Charbonnages de France. À l'aube de 2008, il souhaite toujours placer CDF face à ses responsabilités.



- Que représente la fin de CDF pour les élus des communes minières ?
« C'est avant tout la fin d'une grande illusion. À sa création, en 1946, CDF a été décrit comme un outil extraordinaire qui allait relancer l'économie du pays tout entier. L'effet n'a pas profité à la région Nord - Pas-de-Calais, encore moins au bassin minier. Il n'a pas procuré le bonheur tant attendu. Il faut dire et répéter que Charbonnages de France a été conçu pour optimiser l'extraction du charbon, rien d'autre. L'homme était relégué au second plan. C'est mon principal reproche. »

- Quels exemples précis de dérives peut-on évoquer ?
« Durant les premières années de la "gouvernance" de Charbonnages de France, jamais le nombre de silicosés n'a été si important ! Les conditions d'hygiène et de sécurité étaient à peine prises en compte. Il fallait produire, toujours plus. Cette réalité n'a jamais été reconnue.
C'est une des raisons de la grande grève de 1948 et de celle de 1963. »

- Charbonnages de France était tout de même placé sous l'autorité de l'État, avec tout ce que cela implique comme règles à respecter.
« Les seuls efforts consentis par CDF l'ont été sous la contrainte des mineurs. De Gaulle avait mesuré les conséquences des grèves de 1948 il ne voulait pas qu'elles se reproduisent. Mais les concessions étaient minimes. Pourtant, dès l'origine, CDF aurait dû s'acquitter chaque année de la "redevance des mines", dévolue aux communes minières. Entre 1946 et 1974, les sommes n'ont jamais été versées. On pourrait comparer cet impôt à la taxe professionnelle actuelle. Cet argent devait servir aux collectivités pour faire face à toutes sortes de dépenses : l'assainissement en particulier, la gestion de l'eau potable, etc. »

- Quelles sont les conséquences aujourd'hui de cet « oubli » ?
« CDF est responsable notamment de la pollution de l'eau dans le bassin minier, donc de son traitement spécifique qui coûte très cher. Nous continuons à réclamer justice. On devrait également revenir sur les tentatives de sorties bâclées de concessions minières ou l'oubli de l'entretien de l'habitat. Durant trente ans, aucune mise aux normes n'a été effectuée. C'est l'État finalement qui a pris le relais alors qu'à la fin des années 60, CDF gagnait beaucoup d'argent. »

- Charbonnages de France pourtant, c'est l'État ?
« CDF, c'est le bébé du ministère des Finances, un État dans l'État qui a toujours tout fait pour se désengager au maximum, quel que soit le ministre en place. Concernant le logement minier, les hauts fonctionnaires de Bercy ne souhaitaient qu'une chose en 2001, vendre le patrimoine des 70 000 maisons à une société privée, la SNI (Société nationale immobilière). L'ACM, Daniel Percheron à la Région mais aussi Roland Huguet pour le Pas-de-Calais, ont évité cette catastrophe de justesse. En 2002. Les élus ont récupéré la gestion du tout. Un prêt de 450 ME a été consenti, remboursable en 2012. Je peux vous dire que tout va bien et que les échéances seront respectées. L'ensemble du programme de rénovation du logement minier sera terminé et CDF n'a rien à voir là-dedans, rien. »

- Quel rôle a joué CDF dans la reconversion économique du bassin minier ?
« C'est François Mitterrand qui a pris les choses en main en 1981, pas Charbonnages de France. Il a doté FINORPA d'un budget annuel de 100 ME réservé pour la création d'entreprises. Les mêmes dispositions ont été prises pour le FIBM (Fonds d'industrialisation du Bassin minier) afin d'aménager plus de zones d'activités. Une réflexion sur le logement avait débuté, sans aboutir immédiatement. La bataille financière avec Bercy avait été terrible. "Ils" ne voulaient rien lâcher. C'était comme ça depuis le début. » •

YVES PORTELLI

Quel rôle pour l’association des communes minières ?

L’association des communes minières (ACM) fédère, notamment, les collectivités concernées par l’extraction charbonnière dans le Nord - Pas-de-Calais. Depuis 1988, elle a pris une part importante dans toutes les négociations.
C’est en 1988 que Jean-Pierre Kucheida décide de sortir l’ACM de l’association des maires de France dans laquelle elle végétait. Immédiatement, elle se pose en protectrice des collectivités du bassin minier et multiplie les interventions, notamment pour assurer le suivi des crédits GIRZOM. Sa première grande victoire date de 1994 lorsque le tribunal administratif annule une première proposition de CDF de sortie de concession minière, à Aniche, jugée trop contraignante pour les communes.

Autre fait d’armes, en 2005, la négociation du code minier à l’Assemblée nationale. Les élus de l’ACM (gauche - droite confondues) arrivent à fléchir un règlement où c’était au plaignant de prouver qu’il avait raison.
Dans la nouvelle donne, c’est à Charbonnages de France d’apporter les preuves de son innocence. L’ACM qui continuera son action après le 1e r janvier 2008. • Y. P.

Une rétrospective de l'histoire de la mine en photos dimanche dans « La Voix du Nord »

Soixante et un ans de charbon en France sous l'ère de Charbonnages de France, mais beaucoup plus dans la région depuis la découverte du charbon en 1720. Demain, nous consacrerons trois pages spéciales, en photos, à l'histoire de la houille.
La fin de Charbonnages de France (CDF) qui gérait les Houillères depuis 1946 et qui sera liquidée le 1er janvier est l'occasion de revenir sur les soixante dernières années de l'histoire du charbon dans la région. Une histoire dure comme le travail au fond ou les grèves. Dramatique, comme lors du coup de grisou de Liévin qui a fait 42 morts en 1974. Solidaire, comme l'amitié qui liait les mineurs. Une histoire longue, qu'on ne pourra qu'essayer de résumer dans ces quelques pages. •

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