Textile

Licenciés pour avoir refusé un travail à 300 euros au Brésil ou en Turquie

mercredi 16.04.2008, 08:38
Licenciés pour avoir refusé un travail à 300 euros au Brésil ou en Turquie Coup de théâtre pendant l'entretien de Chantal : dossier Cotorep oblige, elle ne fait plus partie des licenciés. PHOTO LA VOIX.

Des reclassements au Brésil ou en Turquie pour 300 euros mensuels… L'anecdote a fait le tour du pays. Mais à Hénin, elle s'accompagne de cette sentence : ça ou rien. Hier, les salariés de la teinturerie STAF concernés par ces « propositions indécentes » attendaient, banderoles en main, de passer leur grand oral : l'entretien préalable au licenciement. Ambiance.
A ECOUTER : les interviews d'Alain Leclercq, l'un des salariés licenciés, et de Marie-Noëlle Lienemann, députée européenne.



Alain Leclercq, l'un des employés licenciés, 38 ans et père de trois enfants, est « bouleversé ».
Marie-Noëlle Lienemann, députée européenne, a interpellé la Commission de Bruxelles. Pour elle, la loi française régissant les reclassements de salariés est insuffisante.

Propos recueillis par Julien Licourt

Comme une impression de déjà vécu. Transie hier matin devant l'usine, Chantal sourit, blasée. Licenciée en 1996 de l'usine textile Leblanc (Lille) après dix-sept ans de services, elle avait été embauchée en 1998 chez STAF, à l'ouverture du site. « On était bien contents ! STAF avait repris plusieurs “Leblanc”, on se disait qu'on était tranquilles... »

Comme une impression de déjà vécu. Transie hier matin devant l'usine, Chantal sourit, blasée. Licenciée en 1996 de l'usine textile Leblanc (Lille) après dix-sept ans de services, elle avait été embauchée en 1998 chez STAF, à l'ouverture du site. « On était bien contents ! STAF avait repris plusieurs “Leblanc”, on se disait qu'on était tranquilles » Dix ans plus tard, on prend les mêmes, et on recommence. Avec ses anciens collègues “Leblanc”, Sylvain et Claudine, Chantal, 45 ans, est dans le plan social. S'ils l'ont vu venir ? « C'est pareil qu'il y a dix ans ! Ça craint pour ceux qui restent » Philippe acquiesce. À 24 ans, son étiquette de « petit dernier » du plan, il s'en serait bien passé. « Quand on a vu une machine partir au Brésil, on s'est dit qu'il se passait quelque chose Mais soi-disant qu'il y avait un projet grandiose ! Ils ont même racheté des machines avant l'été. Elles n'ont jamais servi. Elles prennent la poussière. Ça décore ! » Matériel délocalisé, jours chômés « On a fini par s'inquiéter, mais au début de l'année, ils ont dit que tout allait bien. » Un mois après, Claudine, Chantal, Sandra, Sylvain, Philippe, Jeannine et Alain recevaient cette fameuse proposition : reclassés au Brésil ou en Turquie pour les salaires locaux, soit 230 et 315 E (notre édition du 3 avril). Sinon ? Licenciés. S'ils y ont réfléchi ? Rires. « Franchement, pour 2 000 E, j'y vais La plage » Philippe plaisante, mais le coeur n'y est pas. Comment envisager de tout quitter pour ça ? « N'importe quoi »

« Cynisme »
Corinne et Lysiane ne sont pas concernées par le plan. Hier matin, elles étaient présentes par solidarité. Et aussi un peu par lucidité : « On se dit qu'on n'en a plus pour longtemps » Le reste des 34 employés ? Au boulot. L'appel à la grève a fait long feu. « Faut pas leur en vouloir, balance Philippe. C'est argent ! Argent ! Plus personne n'a d'heures d'avance ; ils ont pas les moyens de faire grève ! Faut bouffer ! » Dans ces conditions, la solidarité peine à s'organiser. Alors, entourés d'une poignée de politiques, de syndicalistes et de pas mal de médias, les « STAF » attendent le retour de Jeannine, qui ouvrait le bal des entretiens. À sa sortie, elle annonce : « Ils changent rien aux propositions. Ben j'ai dit non. Ils ont fait des excuses, mais franchement leurs excuses » À 15 h, coup de théâtre pendant l'entretien de Chantal : dossier COTOREP oblige, elle ne fait plus partie de la « charrette ». C'est comme ça que Lysiane apprend qu'elle la remplace sur le banc des licenciés. Le choc ! Sur le fond, et sur la forme. « Simple maladresse », explique la direction à la délégation reçue en fin d'après-midi Maladresse pour les uns, « cynisme dégueulasse » pour les autres. Un syndicaliste conclut : « STAF : j'crois qu'on n'a pas fini d'en entendre parler. » •

ANNA MORELLO

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