ON EN PARLE
Mia Confection, un des derniers ateliers à fabriquer des vêtements made in Tourcoing
jeudi 12.01.2012, 05:32
«On tient à une ambiance familialedans l'entreprise », dit P. Souvannarath d'origine laotienne. PHOTOS PATRICK JAMESEn octobre, une nouvelle boutique, Rhétorique, a ouvert ses portes rue Saint-Jacques. Derrière cette enseigne se cache l'un des derniers ateliers de confection de Tourcoing. Il réalise 60 % des vêtements qui y sont vendus. Du « made in Tourcoing », pas forcément plus cher que les fripes chinoises. Mais du « fabriqué en France » fragilisé par la crise... mais désormais au coeur de la campagne des présidentielle.
Le bruit des machines à coudre, la soufflerie du sèche-cheveux pour enlever les petits fils, le bruissement du tissu que l'on déroule... Dans l'atelier de Mia Confection, installé discrètement derrière la rue de la gare de Tourcoing, dans une ancienne usine de fabrication de pièces mécaniques, les conversations entre les ouvriers sont rares. Seul le bruit des machines rythme la cadence... comme autrefois. Mais aujourd'hui le bruit est un peu moins dense. Le textile français souffre... « Nous avons été jusqu'à 19 salariés. Aujourd'hui nous avons réduit de moitié et les CDD n'ont pas été renouvelés », se désole le patron Philippe Souvannarath, 28 ans.
Pourtant son ambition est séduisante : réaliser des vêtements « made in Tourcoing » quasiment au même prix que ceux venus de Chine. « Ce n'est pas simple car les charges salariales ne sont pas les mêmes ! Mais nous essayons de créer des vêtements avec le moins d'interventions possibles pour économiser le temps de main d'oeuvre, tout en préservant la qualité. » Chaque semaine, 2 500 pièces sortent des ateliers. « Nous confectionnons des robes, chemisiers, leggings, que de la maille. Nous nous inspirons des modèles qui sortent dans l'année... » Mia Confection travaille beaucoup pour des clients belges et notamment l'enseigne Rhétorique qui n'avait pas franchi la Lys avant octobre. « Ils imaginent les modèles. Nous réalisons les patrons et assurons le système de production », explique Philippe Souvannarath qui a décidé de faire connaître ses produits en France et a ouvert une boutique rue Saint-Jacques en octobre. « Nos produits ont la qualité made in France et nous choisissons scrupuleusement nos tissus que nous sommes contraints d'importer. » Les ventes ont bien démarré avant de se tasser un peu. « Les clients ne veulent pas croire que nos vêtements sont faits à Tourcoing », soupire le vendeur.
Pour Philippe Souvannarath, il existe aussi un manque de clairvoyance des consommateurs. « Aujourd'hui, les gens regardent avant tout le prix. Ils se moquent de la qualité. Ils préfèrent changer souvent à bas prix. C'est dommage... » Et la crise n'arrange pas les affaires. Si Mia Confection a connu un boom des commandes en 2007, depuis elles se raréfient.
En 2012-2011, le chiffre d'affaires a baissé de 25 %. La production a même été répartie entre Mia Confection et BLM, une société créée par la soeur de Philippe Souvannarath, Anémone Lipikonkoson. « Le but est au moins qu'une des deux sociétés puisse garder cette activité de confection. » Une mesure de survie...

