LA FIN D'UN SYMBOLE
Le Grand Hôtel contraint de fermer ses portes pour des raisons de sécurité
mardi 14.07.2009, 05:07C'est une véritable institution roubaisienne qui se retrouve hors-jeu depuis samedi dernier. Le Grand Hôtel, seul établissement affichant trois étoiles dans la commune est obligé de fermer ses portes suite à un arrêté municipal pour non-conformité des installations électriques et du désenfumage.
« Depuis samedi, je fais du gardiennage. J'ai dû renvoyer l'équivalent de quarante chambres sur d'autres hôtels de Roubaix, et j'attends la notification officielle de l'arrêté de fermeture administrative que je n'ai pas encore reçu ». Patrick Chiche est furieux et blessé. Le gérant du Grand Hôtel a repris l'affaire en 1998 en connaissance de cause : la vétusté de l'établissement, la non-conformité des installations électriques et du système incendie étaient déjà pointés du doigt à l'époque. « C'est un établissement qui fonctionne sans avis favorable de la commission de sécurité depuis 1972. J'ai gagné un procès contre le crédit-bailleur propriétaire des murs en 2008 afin de le contraindre à faire exécuter les travaux. Le procès en appel aura lieu en février 2010 et même d'après le maire de Roubaix, j'ai de bonnes chances de le gagner. Pourquoi a-t-on fermé les yeux et laissé les gens travailler pendant trente-sept ans et que d'un seul coup, plus personne ne prend le risque de m'accorder six mois de délai ? ».
Pour répondre à cette question, Patrick Chiche avance l'explication politique : « Depuis que le nouveau préfet est arrivé, il cherche à secouer les mairies de gauche, à mettre le nez dans tous les dossiers pour lesquels les élus du coin ont fermé les yeux. Ça s'est passé à Lille, et maintenant ici ». En clair, il y aurait un peu de politique là-dessous, « et surtout l'absence de courage du maire qui préfère ouvrir le parapluie, quitte à mettre vingt et une personnes au chômage ».
Car pour le gérant du Grand Hôtel, il n'y a pas d'autre issue possible : « J'ai réalisé récemment, pour 40 000 euros, l'installation de détecteurs de fumée dans les 93 chambres, j'ai proposé de refaire l'électricitépour100 000 euros à mes frais. La seule chose pour laquelle je demandais un délai, c'était le désenfumage dont le devis se monte à 378 000 euros hors taxe. Sans autorisation, je n'ai pas de rentrée d'argent, et sans rentrée je suis contraint au dépôt de bilan ».
Du côté de la mairie de Roubaix, on estime par la voix de Marie-Anne Mocq, directrice de cabinet que « tout a été fait pour éviter d'en arriver là, mais il y a un moment où l'on ne peut plus fermer les yeux. C'est une décision que nous avons déjà reportée à trois reprises ». Roubaix perd ainsi, sans gloire, son seul hôtel trois étoiles et l'un des derniers vestiges d'une grandeur passée qui appartient désormais à l'histoire révolue. O. H.

