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Transport et Logistique

SEAFRANCE LIQUIDÉE

SeaFrance : un gâchis immense, 880 salariés dans le désarroi

mardi 10.01.2012, 05:25
SeaFrance : un gâchis immense, 880 salariés dans le désarroi Les salariés de SeaFrance sont venus en famille entendre à Paris la nouvelle de la mort de leur entreprise. PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET

Malgré l'irruption in extremis d'Eurotunnel dans le dossier, le tribunal de commerce de Paris a tranché hier : la compagnie SeaFrance est définitivement liquidée. Ses navires seront vendus, ses 880 salariés licenciés.

1. Quelle décision a pris le tribunal de commerce, hier ?

Il a prononcé la liquidation définitive de la compagnie SeaFrance, avec cessation immédiate de l'activité. La liquidation avait déjà été décidée le 16 novembre, mais avec un sursis, permettant aux candidats à la reprise de peaufiner leur dossier.

2. Pourquoi le juge n'a-t-il pas cédé SeaFrance à la SCOP ?

Parce que le projet de coopérative ouvrière, soutenu par le syndicat majoritaire CFDT, n'a pas réussi à trouver le financement nécessaire (cinquante millions d'euros, sous forme de prêt ou d'avance). Hier matin, l'irruption subite d'Eurotunnel dans le dossier (lire ci-contre) a conduit les défenseurs de la SCOP à demander au juge un nouveau sursis d'une semaine, ainsi que la nomination d'un mandataire ad hoc et la tenue d'une table ronde incluant ce nouveau partenaire potentiel. Le juge n'a pas accédé à ces demandes, a constaté l'incapacité financière de la SCOP et donc prononcé la liquidation définitive.

3. Une reprise de SeaFrance est-elle encore possible ?

Lorsque le jugement complet sera rendu, jeudi, la mort de la compagnie SeaFrance sera définitive. Il ne saurait donc être question de reprise. En revanche, une nouvelle compagnie pourra reprendre l'exploitation des liaisons maritimes entre Calais et Douvres. Qui pourra reprendre le créneau laissé vacant par SeaFrance ? Comme nous l'indiquions samedi, le consortium franco-danois LD Armateurs-DFDS, un temps candidat à la reprise dans le cadre de la procédure judiciaire, est prêt à s'installer très vite sur le détroit. Il serait en mesure d'affréter rapidement deux navires, avec 300 personnes, dont 240 navigants.

4. Pourquoi Eurotunnel s'invite-t-il dans le dossier ?

Si Eurotunnel a manifesté son soutien à la SCOP et son intérêt à la reprise des actifs de SeaFrance, c'est peut-être par philanthropie et conscience sociale, plus sûrement par stratégie commerciale. Dans un contexte hyperconcurrentiel, le tunnel préfère éviter de voir arriver face à lui la compagnie DFDS, concurrent autrement plus agressif sur les prix et les conditions sociales que la compagnie SeaFrance. Précisons que la CFDT SeaFrance a le plus souvent eu des mots très durs envers Eurotunnel : les deux entités trouvent soudainement une communauté d'intérêts. La SCOP fonde beaucoup d'espoirs dans cet improbable attelage : « On a perdu une bataille, mais on n'a pas perdu la guerre », résume Philippe Brun, avocat de la CFDT.

5. Que va-t-il advenir des salariés ?

Les 880 salariés en CDI côté français seront licenciés dans les quinze jours par le liquidateur judiciaire. Leur indemnité de licenciement devrait tourner autour de 60 000 euros, en moyenne, somme avancée par la SNCF, actionnaire unique. Hier, le président de la République a annoncé qu'il ferait « des propositions » aux représentants du personnel ce mardi. Ce matin, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Écologie et des Transports, est annoncée à la sous-préfecture de Calais. Sans doute détaillera-t-elle ces propositions.

6. Seront-ils reclassés à la SNCF ?

La semaine dernière, la SNCF s'est engagée, par la voix de son président Guillaume Pépy, à reclasser les 880 salariés. Proposition reçue avec circonspection par le syndicat majoritaire, qui rappelle qu'en 2009, à l'occasion d'un plan social, la SNCF avait promis 413 reclassements sans en réaliser un seul. Une audience est d'ailleurs prévue les 24 et 25 janvier au tribunal d'instance de Calais, où près de 300 ex-SeaFrance contesteront leur licenciement pour absence de reclassement.

7. Peuvent-ils espérer travailler pour le futur opérateur de la ligne ?

Si LDA-DFDS vient à s'installer à Calais, les sédentaires de SeaFrance peuvent espérer glaner quelques-uns des postes qui les concernent. Et les marins ? Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé hier soir que LDA-DFDS serait prêt à en reprendre une bonne partie. L'hostilité dont ils ont fait preuve jusqu'à présent à l'égard de ce repreneur risque de ne pas rendre les choses aussi simples. Enfin, le projet de SCOP, s'il perdure, reste au moins sur le papier le mieux-disant social puisqu'il propose de garder tout le monde. •

PAR BRUNO MALLET
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SeaFrance : chronologie d'un naufrage

  •  >  1er janvier 1996. Création de SeaFrance, à 100 % filiale de la SNCF.
  •  > Du 27 février au 14 mars 2008. Une grève des officiers de SeaFrance, lancé à l'initiative de la CGC-CGT, paralyse le trafic.
  •  > 17 février 2009. Annonce de la suppression de 650 emplois sur 1 600 et de quatre navires. Seuls trois continuent.
  •  > Août. La CFDT, syndicat majoritaire, refuse de signer les accords du plan de redressement.
  •  > 14 décembre. La direction de SeaFrance saisit le tribunal de commerce de Paris pour lancer une procédure de sauvegarde.
  •  > 16 décembre. La CFDT accepte le plan de redressement, qui prévoit 482 suppressions de postes.
  •  > 29 janvier 2010. Interruption trois jours des liaisons de SeaFrance en raison d'une grève.
  •  > 6 avril. Nouvelle grève de six jours.
  •  > 30 juin. Le tribunal de commerce place SeaFrance en redressement judiciaire, après l'annonce du passage à 725 suppressions de postes.
  •  > 26 juillet 2011. Louis Dreyfus armateurs et DFDS déposent une offre de reprise, gardant 460 emplois et trois navires.
  •  > Fin août. La CFDT dépose une offre de reprise par une SCOP.
  •  > 24 octobre. La Commission européenne rejette le plan de restructuration.
  •  > 16 novembre. Le tribunal de commerce prononce la liquidation judiciaire avec maintien de l'activité jusqu'au 28 janvier.
  •  > 12 décembre. La SCOP est la seule offre présentée.
  •  > 2 janvier 2012. Nicolas Sarkozy demande à la SNCF de verser des indemnités exceptionnelles aux salariés pour financer la SCOP.
  •  > 6 janvier. Des non-syndiqués se manifestent pour la reprise de la compagnie par LDA et DFDS.
  •  > 9 janvier. Le tribunal de commerce de Paris prononce la liquidation définitive de SeaFrance avec cessation d'activité.

A. DEL.

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