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SeaFrance : un rapport met en évidence la fragilité psychologique des salariés

jeudi 12.01.2012, 05:10
SeaFrance : un rapport met en évidence la fragilité psychologique des salariés Les turbulences de la compagnie SeaFrance ont fortement éprouvé les salariés. PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET

Dans un rapport de juin 2011, complété par une enquête du mois d'octobre, et rédigé dans le cadre d'une « mission d'expertise » auprès du personnel de SeaFrance, un cabinet spécialisé a mis en évidence « le risque d'augmentation de maladies chroniques par excès de stress », aboutissant à des dépressions nerveuses, ou des risques de suicide. D'après des témoignages, cette impression se renforce aujourd'hui au sein d'un personnel encore éprouvé par la fermeture de l'entreprise.

Mars 2011. SeaFrance est dans la tourmente. Six cent cinquante licenciements sont déjà acquis, et l'entreprise ne maintient son activité que dans le cadre d'une procédure de sauvegarde.

C'est dans ce contexte sombre et incertain que le Comité d'hygiène et de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) navigants de SeaFrance choisit de nommer un cabinet spécialisé afin de réaliser une expertise, consécutive au « risque de suicide possible à bord des bateaux, en lien avec la nouvelle organisation du travail », imposée par le redressement.

Sollicitée par Éric Vercoutre, secrétaire du CHSCT, cette demande d'expertise, contestée et refusée par la direction, aboutit pourtant à douze entretiens (cinq femmes et sept hommes), réalisés en avril 2011. Les conclusions ne peuvent alors être hâtivement étendues à l'ensemble de l'entreprise les trois experts (dont deux psychologues du travail) prennent d'ailleurs soin de préciser que « leur prédiagnostic n'a pas de valeur de certitude à ce point de l'expertise ».

Mais ce prédiagnostic a ensuite été complété par un second rapport (voir ci-contre), réalisé sur la foi d'un questionnaire de 70 questions, auquel ont répondu plus de 500 salariés quarante entretiens personnalisés ont par ailleurs été réalisés.

L'ensemble des observations renseigne sur des cas manifestes de fragilités psychologiques et de souffrance et, s'agissant du premier rapport, confirme que « le risque d'augmentation de maladies chroniques par excès de stress est là : 9 personnes sur les 12 reçues sont traitées pour dépressions nerveuses, dont deux ont déjà une tentative de suicide à leur actif. Le stress et ses manifestations associées sont omniprésents dans l'analyse des pathologies des personnes ayant participé aux entretiens. Les arrêts maladies en cours témoignent de cet état de fait. Un phénomène de burn-out (NDLR : syndrome d'épuisement professionnel) a été identifié, avec des cas et des suivis de dépression nerveuse ».

Une mention en forme d'« avertissement » indique même qu'« une des personnes participantes aux entretiens, de manière froide et déterminée, a exprimé l'intention de se suicider suite à un conflit avec SeaFrance ayant eu des conséquences sur sa situation personnelle ».

Atmosphère lourdeet anxiogène

Il serait certes hasardeux d'imputer au seul environnement professionnel le mal-être que peuvent exprimer aujourd'hui des salariés de SeaFrance.

Mais, éprouvé psychologiquement, le personnel de SeaFrance n'est-il pas plus exposé aujourd'hui aux risques décrits par les experts, au point même d'en venir aux extrémités ?

Pour des salariés, la question est hélas loin d'être incongrue ou indécente. « Il y a des gens plus ou moins fragiles », témoigne ce salarié. « Mais de façon plus alarmante, je vois bien qu'il y a des collègues au bout du rouleau et en situation de craquer. C'est évident ».

Au point d'imaginer des situations désespérées ? « C'est toujours délicat de faire des pronostics sur un sujet comme celui-là, mais clairement, je ne serais pas étonné si ça devait arriver ».

Chez les sédentaires, Françoise Monfregola et Mélanie Drollet confirment que « nous avons été très éprouvées par les multiples rebondissements que nous avons traversés. Les nombreux reports de décision, les nouvelles échéances annoncées ont été très difficiles à vivre. On reste debout, mais à quel prix. À chaque fois, on sentait les gens tendus, inquiets. On se souvient de gens pleurant comme des gosses quand les bateaux ont été arrêtés. L'état d'esprit du personnel était influencé par une atmosphère très lourde et très anxiogène, et c'est encore plus vrai aujourd'hui. La tension s'est exacerbée, de l'agent d'exploitation au chef de service ».

Un autre employé évoque de la même manière le désespoir de salariés pour lesquels l'avenir est « tellement flou qu'on ne peut faire aucun projet et que ça place des personnes dans des impasses. L'angoisse est aujourd'hui perceptible, malgré les propos plus ou moins rassurants sur les reclassements. Je crois qu'il faut être très vigilant pour des personnes fragiles, qui sont encore plus sur le point de craquer »... La conclusion revient au directeur qui a supervisé le rapport. « Ce qui est sûr, c'est que les salariés sont à bout »...

PAR PASCAL MARTINACHE
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SECOND RAPPORT

Le second rapport de la société spécialisée, « choisie pour sa neutralité et sa déontologie » explique très nettement le directeur du rapport, a été rédigé en novembre à partir de quarante entretiens, des observations ciblées en situation sur les ferries et un questionnaire auquel plus de 500 personnes ont répondu. Il ressort des conclusions que les incertitudes ont largement pesé sur le personnel qui exprime une souffrance dans un « contexte très perturbant », explique le directeur du rapport. Cette impression est renforcée par le fait que « l'ensemble du personnel est très attaché à son entreprise. C'est quelque chose de très fort. On a rarement vu ça. Les marins sont très amoureux de leur métier. Le fait de devoir quitter l'entreprise est douloureux. Dans ce contexte, la fuite en avant, bien sûr, est possible ». Dans les questionnaires, « la pression personnelle, l'incertitude du lendemain, apparaît de manière évidente ».

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