ON EN PARLE
Le terminal méthanier est-il indirectement responsable du naufrage de SeaFrance ?
samedi 14.01.2012, 05:10
Les rotations des navires DFDS à Dunkerque seront gênées par la mise en service du terminal méthanier. PHOTO ARCHIVES « LA VOIX »Et si l'arrivée prochaine de la compagnie DFDS à Calais était la conséquence directe de l'installation du terminal méthanier à Dunkerque ? Et si SeaFrance et ses 880 salariés étaient les victimes directes d'un accord ancien et secret accord entre le gouvernement et les compagnies LDA et DFDS ?
Ces questions, ces soupçons, tournent depuis longtemps autour de la question SeaFrance. Elles ont resurgi depuis l'annonce de la liquidation de la compagnie. Lundi, Serge Peron, maire PS de Marck déclarait ainsi : « C'est à se demander si la liquidation de SeaFrance ne fait pas partie d'un vaste plan lié à l'arrivée du terminal méthanier à Dunkerque, comme une compensation offerte à DFDS. » Le maire de Marck reconnaît volontiers qu'il n'a guère d'éléments pour étayer cette thèse. Sans doute la tient-il des leaders de la CFDT SeaFrance, dont il est proche.
Quels seraient les termes de cet accord de compensation ? L'arrivée du terminal méthanier, à l'ouest du port de Dunkerque, a été annoncée en grande pompe, au printemps dernier, par le président de la République. Souvent présenté à tort comme une compensation à la fermeture de la raffinerie des Flandres (Total), cet équipement, qui sera opérationnel en 2015, devrait gêner le trafic du port de Dunkerque, en particulier celui des ferries. Les manoeuvres des immenses navires méthaniers sont longues, et durant sept à huit heures, empêchent la circulation de tout autre navire dans un périmètre de sécurité assez large.
La gêne reconnue par NKM
Cette gêne, que peu d'intervenants au dossier étaient en mesure de confirmer, a pourtant été admise par la ministre de l'écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, lors de sa conférence de presse de mardi, à Calais. « Oui, on m'a confirmé que le trafic des ferries DFDS allait être perturbé par le terminal méthanier », a-t-elle affirmé.
Comme dédommagement à cette perturbation, le gouvernement aurait-il donc promis au géant danois la ligne Calais - Douvres ? Là encore, les tenants de cette théorie voient une confirmation indiscutable dans la communication gouvernementale de ces dernières semaines, laquelle n'a guère caché sa préférence pour la solution de reprise portée par le consortium DFDS-LDA. Là encore, pour les tenants du complot, le scenario semblait trop bien huilé pour être honnête. D'autant qu'il se murmure que l'initiative d'Eurotunnel, qui est venu mettre un grain de sable inattendu, a été très mal perçue dans les hautes sphères de l'État.
Ceci étant, pour être valable, cette thèse suppose que le gouvernement, dès le départ, a prévu et organisé la liquidation définitive de SeaFrance. Pourtant, c'est bien l'Etat qui a soutenu la SNCF dans son projet de recapitalisation de la compagnie à hauteur de 250 millions d'euros, l'an dernier. Il aurait fallu faire preuve d'un sacré cynisme pour, d'un côté faire semblant de sauver une compagnie, et de l'autre planifier son naufrage.

