SEAFRANCE
Plaidoyer pour les salariés de SeaFrance, trompés par des « mensonges d'État »
jeudi 26.01.2012, 05:09
L'avocat rémois Philippe Brun s'est adressé aux ex-salariés de SeaFrance pendant une demi-heure. PHOTO JEAN-PIERRE BRUNET.Des salariés dans un jeu de quilles. Hier matin, au bowling de Calais, cinq cents anciens employés de SeaFrance ont assisté à une réunion d'information à l'initiative du syndicat Maritime Nord CFDT. Ils ont pu entendre des points précis sur le plan social, les reclassements et la coopérative ouvrière (SCOP). Dans un plaidoyer acclamé par les ex-SeaFrance, l'avocat Me Brun a défendu les syndicalistes CFDT, dénoncé les « mensonges » qui ont coulé la compagnie maritime et promis des poursuites judiciaires contre François Chérèque, leader de la CFDT, et quelques médias.
1 « Mensonges d'État ».- Bruno Landy et Éric Vercoutre, de la CFDT Maritime Nord, ont été les premiers à s'adresser à la foule pour livrer le contenu des négociations dans le cadre du plan social lors du comité d'entreprise (lire par ailleurs). Ils ont ensuite laissé le micro à l'avocat du syndicat, Me Philippe Brun, qui s'est levé pour plaider la cause de la SCOP et dénoncer une série de « mensonges » dont le seul but aurait été d'empêcher la cession des actifs de SeaFrance à la coopérative ouvrière.
« Il l'a dit, il ne l'a pas fait. Qui ? Nicolas Sarkozy. Il a dit "je sauverai SeaFrance". C'est le premier mensonge d'État, puisqu'aujourd'hui les salariés reçoivent leur lettre de licenciement. Le deuxième mensonge, c'était de dire : "Je sauve SeaFrance mais pas dans le cadre d'un plan de cession, je ne peux pas apporter 50 M E car ce serait assimilé à de l'aide publique". Et pour vous aider, on va vous licencier tous... Moi je dis, M. le Président, soit vous êtes un coquin, soit vous avez de mauvais conseillers. »
2 « Mensonges au sujet des primes ».- L'avocat a dénoncé, avec les promesses de primes non tenues, ce qu'il qualifie de « troisième mensonge ». « On a dit qu'on allait apporter une aide supra-légale aux salariés pour assurer le financement de la SCOP. La SCOP avait besoin de 50 M E pour se lancer, moins 10 M E versés par la Région, il fallait donc trouver 40 M E. On demandait aux huit cents salariés de verser leur prime supra-légale de 50 000 E pour obtenir cette somme. Or, aujourd'hui, on voit que le montant de cette prime est de 20 000 E maximum, encore un mensonge. »
3 Le « mensonge de Nathalie Kosciusko-Morizet ».- « Rappelez-vous cette charmante ministre venue pour éviter que la ville de Calais ne s'embrase. "Ne vous inquiétez pas", disait-elle, "la SNCF proposera six cents offres de reclassement". Et vous avez tous reçu un courrier de la SNCF, qui vous dit qu'elle a trouvé une offre d'emploi pour vous, mais qu'elle ne vous en donnera pas le détail ! » Une observation qui faisait rire les ex-SeaFrance, qui ont en effet reçu des offres dont l'intitulé était très évasif, et qui ne disposaient que de trois jours pour donner une réponse. « Vous avez reçu des offres de reclassement le samedi 21 et vous deviez vous prononcer avant le mardi 24, alors qu'on vous précise dans le même temps que vous avez un délai de quinze jours pour vous prononcer. Mais ce délai courait à compter du lundi 9, date de la liquidation judiciaire ! »
4 « Mensonges de Thierry Mariani et Philippe Louis-Dreyfus ».- Philippe Brun rappelle les propos du ministre des Transports, avant l'annonce de la liquidation judiciaire : « On vous aidera pas, vous êtes des extrémistes (les propos que nous avions rapportés étaient : « On est dans le jusqu'au-boutisme, je dirais même du fanatisme qui nous mène au suicide collectif »), allez voir DFDS, ils ont six cents emplois à vous proposer". D'ailleurs Chérèque va exclure votre syndicat car la CFDT Maritime a refusé de discuter de cette offre... Mais vous avez aussi tous entendu M. Louis-Dreyfus, qui a reconnu en direct à la radio qu'il n'y avait jamais eu six cents offres d'emplois. Qui est le super menteur ? »
5 « Calomnies ».- La démonstration de l'avocat rémois s'est terminée par une conclusion brutale : la semaine prochaine, une plainte sera déposée pour diffamation contre François Chérèque (lire page 9), « qui tel Judas a relayé la calomnie » deux cabinets d'avocats spécialisés dans le droit de la presse vont déposer plainte contre plusieurs médias. « Depuis le 4 janvier, un torrent de boue s'est déversé sur Calais et l'association de malfaiteurs que vous êtes, ironisait Philippe Brun, on a lu que vous êtes des malfrats, que vous n'avez pas cessé de voler et que vos deux chefs de bande, Cappelle et Vercoutre, ont détourné de l'argent du comité d'entreprise pour leur club de football. Et en plus, est-ce que vous avez vu quel patrimoine ils ont après quarante ans de travail ? Mais la comptabilité du CE est attestée sincère et loyale par un commissaire aux comptes : ces deux-là sont blancs comme neige, comment Pierre Fa peut-il l'ignorer ? »

