DEUX EXPÉRIENCES SUR LE LITTORAL
Boulogne, un avant-poste de LD Lines pour sa conquête du détroit
dimanche 19.02.2012, 05:14
Pierre Géhanne, ancien président de LD Lines, espérait il y a quelques années faire «un grand SeaFrance».En novembre 2008, LD Lines annonce son intention de s'attaquer au détroit en ouvrant une liaison Dieppe-Douvres en février et Boulogne-Douvres en juillet.
La jeune filiale transmanche du groupe Louis-Dreyfus Armateurs profite d'une double opportunité : SpeedFerries vient de tomber en faillite, plombée par les prix du pétrole et à l'été 2009, une nouvelle passerelle, prévue initialement pour le projet BGV (bateaux à grande vitesse), sera mise en service.
Pierre Géhanne, à l'époque président de LD Lines et directeur général du groupe, n'en fait pas mystère : depuis la création de sa compagnie transmanche en 2005, l'objectif est le Détroit. D'ailleurs, dès que la liaison Boulogne-Douvres est inaugurée en février 2009, six mois avant le calendrier initial, Pierre Géhanne annonce dans nos colonnes : « Je propose un grand SeaFrance qui serait un leader européen du transmanche. » Il suggère à la SNCF une fusion de sa filiale avec LD Lines. Un mois après, il doit y renoncer face à l'hostilité syndicale. Adieu le grand SeaFrance, LD change de stratégie. Au mois de juin, un super catamaran rapide, le Norman Arrow, vient renforcer le petit ferry Côte d'Albâtre . Mais après la saison 2009, le catamaran est remplacé par un jumbo ferry, plus pratique pour une liaison mixte fret-passagers. Le Norman Spirit débute ses rotations entre Boulogne et Douvres. Mais la crise économique, la baisse de la livre et la remontée en puissance d'Eurotunnel affectent le marché.
Passerelle neuve désaffectée
À Calais, Seafrance annonce réduire la voilure et à Dunkerque, DFDS avale Norfolkline. Pour mieux se positionner sur le marché du fret, clef de la bataille, LD Lines s'associe avec Trans Europa Ferries à Ostende. Puis, pour l'été 2010, LD met un second ferry sur la liaison Boulogne-Douvres. Avec sept départs par jour, ce pari risqué n'est pas relevé. Et le 2 septembre, on apprend que la compagnie renonce à sa liaison dans le Détroit. Trois jours plus tard, le dernier ferry de LD Lines quitte le port. Boulogne perd une nouvelle fois son lien historique avec l'Angleterre. Aujourd'hui, la passerelle neuve est désaffectée. Mais à Boulogne, après des années de feuilleton transmanche, avec ses hauts et ses bas, on sait que la nature a horreur du vide. Comment imaginer que le nouvel ensemble portuaire Calais-Boulogne ne cherche pas à rentabiliser ce bel équipement à deux pas de Douvres ?
FRÉDÉRIC VAILLANT

