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L'histoire industrielle de la région est aussi agroalimentaire

samedi 18.08.2007, 05:49
L'histoire industrielle de la région est aussi agroalimentaire Les sucreries se sont développées dans la région au XIXesiècle. Ici, la sucrerie de Bapaume. PHOTO : REPRO « LA VOIX »

Quand on parle histoire de l'industrie régionale, on parle souvent charbon, textile, sidérurgie... Mais en parallèle, les industries agroalimentaires, dynamisée par la révolution agricole et la révolution industrielle, se développent. Le XIXe siècle est marqué par les sucreries, les brasseries et les huileries.

L'histoire de l'industrie agroalimentaire de la région a commencé par de petites histoires. « À l'origine, ce sont des agriculteurs qui adjoignent une sucrerie ou une brasserie à leur exploitation », explique Marie-Christine Allart, professeur et auteur d'un livre sur les industries agroalimentaires dans la région (lire ci-dessous). Dans les années 1830, il y a 140 raffineries de sucre, 138 fabriques de sucre de betteraves, 1 100 brasseries et 90 distilleries dans le Pas-de-Calais.
Machines à vapeur Le XIXe siècle est marqué par le développement des sucreries, des brasseries, et, on le sait moins, des huileries. Déjà, en 1787, Arthur Young, agronome britannique, écrit dans « Voyages en France » : « Lille, qui est entourée de plus de moulins à vent pour extraire l'huile de colza que je n'en ai vu, je pense, nulle part au monde. » Pendant un demi-siècle, le Pas-de-Calais est même le principal producteur d'huile en France : en 1836, on y recense 900 fabriques d'huile de colza et moulins à vent. À la fin du siècle, les huileries déclinent.
Baisse du rendement du colza, importations, baisse des débouchés... Il n'y a plus que 36 moulins à huile en 1916 dans la région.
Le XIXe siècle est aussi l'âge d'or des sucreries. Crespel-Dellisse est le premier à en installer une dans le Nord - Pas-de-Calais, en 1810 à Lille (lire ci-dessous). Très vite, on en construit un peu partout. En 1836, on en recense 334. En 1843, la région regroupe les deux tiers des sucreries françaises. Mais à la fin du XIXe siècle, la France est concurrencée par l'Autriche, l'Allemagne et la Russie. La concentration s'accélère et, en 1910, il ne reste que 27 sucreries dans la région. Au même moment, les brasseries n'ont jamais été aussi nombreuses. Avant la guerre 1914-1918, elles sont 1 400 dans le seul département du Nord (sur 3 000 en France). « On n'a pas de vigne, le bassin de consommation est important et à l'époque, et comme on se déplace à cheval, il y a des brasseries dans beaucoup de villages », précise Marie-Christine Allart.
Si, dans le Nord, sur les 609 machines à vapeur recensées, 174 sont installées dans des industries agroalimentaires, ces dernières ne sont généralement pas très modernes. De plus, leurs capitaux d'origine familiale les rendent fragiles. Un mouvement de concentration touche fortement les huileries et les sucreries à la fin du XIXe. Et c'est au tour des meuneries, des laiteries, des conserveries d'apparaître. Mais c'est une autre histoire.

Lire les autres articles de notre dossier :
- Crespel-Dellisse, pionnier du sucre
- Au XXe siècle, le Nord - Pas-de-Calais s'affirme comme une grande région agroalimentaire
- Pas d'erreur, Lesieur est bien né dans le Nord

PAR VALÉRIE SAUVAGE

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• Le Nord - Pas-de-Calais, une grande région agroalimentaire ?
« Quand on parle d'industrie dans la région, on parle du textile, de la sidérurgie, du charbon, mais pas de l'agroalimentaire », estime Marie-Christine Allart, enseignante dans le secondaire à Liévin, vacataire à Lille 3, membre associée de l'Institut de recherches historiques du Septentrion (IRHIS) et spécialisée dans l'histoire de l'agriculture et des agriculteurs. « Très peu d'études ont été faites et le Nord - Pas-de-Calais n'est pas identifié comme une grande région agroalimentaire alors qu'il se place troisième ou quatrième en France. Il faut dire qu'il n'y a pas un produit type dans le Nord - Pas-de-Calais. Toutes les filières sont représentées.C'est aussi sa force. » Ce qui l'a marquée au fil de ses recherches, c'est « l'importance des oléagineux au XIXe siècle. C'est quelque chose qui a été complètement oublié. Certains hommes aussi, comme Crespel-Delisse qui a été pionnier de l'industrie sucrière. »
V. S.

> « Les Industries agroalimentaires du Nord - Pas-de-Calais aux XIXe-XX e siècles, une histoire occultée », par Marie-Christine Allart, éditions L'Harmattan, 17 €, en librairie.

En chiffres

• 1 100
Dans les années 1830, un état des lieux réalisé par l'armée dans le Pas-de-Calais recense 140 raffineries de sel, 138 fabriques de sucre, 25 ateliers de salaison et de saurissage de poissons, 3 fabriques d'huile de poisson, 16 fabriques de noir animal (substance obtenue à partir d'os d'animaux qui sert au traitement des huiles), 90 distilleries et 1 100 brasseries.

• 65 %
En 1740, à Berlin, le chimiste, André Markgraf montre la possibilité de tirer du sucre de différentes plantes. En 1810, Crespel-Dellisse installe la première sucrerie du Nord - Pas-de-Calais. En 1837, la région produit 65 % du sucre français.

• 1650
C'est en 1650 que serait apparue la première brasserie dans la région. Il s'agit de la brasserie Motte-Cordonnier à Armentières. Mais c'est surtout au XIXe siècle qu'elles prennent leur essor. On en compte 1 400 dans le département du Nord à la veille de la Première Guerre mondiale. À partir des années 1870, elles produisent plus de 1 million d'hectolitres de bière.

• 95 %
Au milieu du XIXe siècle, l'arrondissement d'Arras concentre environ 80 moulins dans un rayon de 4 kilomètres. Ces fabriques produisent 95 % de l'huile du Pas-de-Calais.

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