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Dans les coulisses des foires aux vins : les secrets d'un marché juteux

samedi 15.09.2007, 05:52
Dans les coulisses des foires aux vins : les secrets d'un marché juteux Au rythme de cent à cent cinquante dégustations par jour, les acheteurs écument les vignobles français. PHOTO "LA VOIX".

Intermarché, Casino et Monoprix ont déjà fait sauter les bouchons. Celle de Carrefour débute ce samedi, Auchan mardi... Les foires aux vins prospèrent en septembre et octobre. Un marché juteux pour la grande distribution, qui se prépare parfois deux ans à l'avance.

Le consommateur a changé. Désormais, le vin « plaisir » a supplanté le vin « nourrir ». Soucieux de qualité plus que de quantité, les consommateurs plébiscitent les foires aux vins.

C'est Leclerc qui a inventé le concept en 1973. Depuis, il est devenu le numéro un des vins en France, avec 17,6 % de part de marché et plus de 223 millions de bouteilles vendues chaque année.
Au total, la grande distribution représente 70 % de la commercialisation des vins et alcools en France, les foires aux vins représentant à elles seules 8 % des ventes. « Chez Auchan, c'est environ 12 % de notre chiffre annuel dans ce domaine », explique Olivier Mouchet, responsable des achats vin du groupe.

Cent dégustations par jour
Mais les foires aux vins, ce sont avant tout des opérations de prestige, soigneusement préparées « J'anime une équipe de cinq acheteurs spécialisés chacun dans un vignoble. Une grande partie de notre travail consiste en porte-à-porte chez les producteurs ».

Pour les grands crus de Bordeaux, c'est deux ans à l'avance que les négociations se font. Pour les autres terroirs, le marché débute dès février, au rythme de cent à cent cinquante dégustations par jour... « Au total, nous sélectionnons trois mille crus, explique Olivier Mouchet. Ensuite, les représentants des magasins font leurs choix dans notre centrale d'achat. » Chez Auchan comme chez Carrefour, ce sont environ cinq à six cent vins qui sont proposés à chaque foire aux vins.

« Cette année, on devrait dépasser les 60 millions d'euros de chiffre d'affaires et les dix millions de bouteilles écoulées », estime Olivier Mouchet. Chez Carrefour, on pense vendre huit millions de bouteilles (25 % du chiffre d'affaires annuel). Mais avec une telle armada, la grande distribution fausse-t-elle le marché ?

Pas sûr. Bien des viticulteurs préfèrent encore travailler en exclusivité pour des cavistes. « Seulement 5 à 7 % de notre production est vendue en grande surface », explique Stéphane Follin-Arbolet, directeur général de la maison Bouchard et fils à Beaune. « Par contre, nous réalisons 55 % de notre chiffre d'affaires à l'export. » Un marché international qui ne cesse de s'ouvrir. L'an passé à Taïwan, quatre cent mille bouteilles de vin français ont été vendues au cours de la première foire aux vins organisée dans ce pays. Ce n'est encore qu'une goutte d'eau.

JEAN-MARC PETIT

ZOOM

• Un bordeaux 2005 spéculatif
Millésime attendu, d'une qualité exceptionnelle, surnoté par l'inévitable « Guide Parker », le cru 2005 est l'objet de toutes les spéculations.

« On n'a jamais vu ça, les prix 2005 ont littéralement explosé pour les grands crus de Bordeaux, avec une augmentation moyenne de 65 % par rapport à 2004. » Selon les châteaux, les tarifs peuvent même augmenter de 300 % !

« En dépit de ces prix exceptionnellement élevés, 90 % des caisses mises sur le marché ont été vendues », explique-t-on chez Auchan.

« L'année 2005 est en effet exceptionnelle, explique Fabrice Matysiak, acheteur Bordeaux chez Auchan. Mais cela s'est su partout dans le monde. Et l'arrivée de nouveaux marchés comme la Russie, la demande très forte des États-Unis, ont fait exploser les prix. Certains s'en sont même servis comme simple outil de spéculation. » Alors pas de panique. Au-delà de Bordeaux, tous les vignobles ont produit d'excellents vins en 2005. Et pas besoin de dépenser 200 euros la bouteille pour se régaler...

EN CHIFFRES

  • • 55 Les Français, qui buvaient 100 litres de vin chacun par an dans les années soixante, n'en consomment plus que 55. La consommation est passée de 46 à 33 millions d'hectolitres par an.
  • • 50 Les vins d'appellation d'origine, qui concernait 10 % de la consommation dans les années soixante, en représente aujourd'hui 50 %. Soit autant que les vins de table ou les vins de pays. À la quantité s'est donc substituée la qualité.
  • • 45 Quarante-cinq pour cent des vins achetés en foire aux vins sont des bordeaux (source Auchan). Suivent ensuite champagne (18 %), beaujolais et bourgogne (8 %), vallée du Rhône (6 %), Val de Loire (5 %), vins du Sud-Ouest (4 %), AOC du Midi (4 %), Alsace - Jura - Savoie (4  %), vins étrangers (1 %), vins de pays (1 %), vins effervescents (5 %).
  • • 15 Les grands vins de Bordeaux (supérieurs à 15 euros) représentent près de la moitié des ventes de bordeaux en foire aux vins.
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