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Une plongée dans l'emploi (et la vie) des travailleurs précaires de la région

samedi 09.02.2008, 06:05
Une plongée dans l'emploi (et la vie) des travailleurs précaires de la région Photo Max Rosereau.

Elsa Fayner est journaliste, diplômée de l'école supérieure de journalisme de Lille. Mais pendant trois mois, elle est devenue vendeuse par téléphone, serveuse de hot-dogs dans la grande distribution et femme de ménage dans l'hôtellerie de luxe. Elle a partagé l'emploi et un peu de la vie de travailleurs précaires de la région. Elle raconte.

- Pourquoi avez-vous choisi d'aborder le thème des travailleurs précaires ?
« J'ai commencé mon enquête l'année dernière. On était dans une période pré-présidentielle. Il y avait un consensus pour redonner de l'importance à la valeur travail. J'ai voulu me pencher sur le système français qui était parfois considéré comme décourageant, démotivant, avec le SMIC, par exemple, qui augmente chaque année, quelle que soit la productivité. » - Pourquoi avoir choisi Lille pour réaliser cette enquête ?
« D'abord parce qu'à Paris, je risquais de croiser des personnes que je connaissais. Lille, c'est aussi une ville dans laquelle j'avais des repères pour y avoir suivi une partie de mes études. Ensuite, il me fallait une grande ville. Enfin, j'ai choisi la région lilloise pour son passé industriel et la reconversion de ses emplois. »

- Qu'est-ce qui vous a le plus marquée pendant ces trois mois ?
« J'étais partie en me disant que j'allais gagner le SMIC mensuel. En fait, je me suis aperçue qu'il fallait davantage compter sur le SMIC horaire. En contrat court, j'ai plutôt gagné 600 à 700 euros par mois. Le SMIC est en réalité plus un plafond qu'un plancher. J'ai aussi pu constater que ceux qui étaient payés au SMIC étaient prêts à tout accepter : les conditions de travail pénibles, les emplois du temps atypiques le soir, le week-end, la nuit... et même les entorses au droit du travail (sur le plateau de télémarketing, on n'avait pas le droit d'aller aux toilettes dans l'hôtel quatre étoiles, la salle de pause était aussi le local poubelles). »

- Ces situations semblent assez peu remises en cause par les personnes que vous avez rencontrées... « Leurs emplois sont assez prenants. Ils n'ont pas le temps d'avoir du recul. Il y a rarement des critiques du système. Par ailleurs, chaque fois qu'un ordre est donné, l'argument ultime, c'est "pour faire plaisir aux clients". Cette dilution des ordres fait que les salariés ne savent plus vers qui se tourner en cas de problème. Enfin, le marché du travail est tel qu'ils sont heureux d'avoir un emploi et acceptent certains abus. »

- Est-ce que vous pensez que l'on peut quitter la condition de travailleur précaire ?
« Pour l'instant, la situation des personnes que j'ai rencontrées est incertaine. Et globalement, elles n'ont pas de perspectives d'évolution. Certains voudraient suivre des formations mais quand on est une mère seule, avec un enfant, c'est impossible de quitter son emploi. Ce n'est pas un manque de motivation. »

- Est-ce qu'ils veulent « travailler plus pour gagner plus » ?
« D'une part, les personnes que j'ai rencontrées et qui travaillent à temps plein passent 9 à 10 heures sur leur lieu de travail. Il faut y ajouter des trajets domicile-travail assez longs. Ils se lèvent tôt, ils se couchent tard. D'autre part, ceux qui travaillent à temps partiel ont souvent des horaires éclatés qu'ils peuvent difficilement compléter avec d'autres contrats. Dans ces conditions, c'est quasiment impossible de travailler plus. »

- Plus que « travailler plus », vous concluez votre livre sur l'idée du « travailler mieux ». Est-ce aussi dans l'intérêt des entreprises ?
« Ce n'est pas qu'une question d'humanité. C'est aussi une question économique : quand on respecte les gens, ils travaillent mieux. Les mauvaises conditions de travail induisent absentéisme, retards, maladies professionnelles, accidents du travail qui, selon certaines estimations, finissent par coûter 3 % du produit intérieur brut (PIB). Par exemple, dans l'entreprise de grande distribution dans laquelle j'ai travaillé, le code du travail était respecté et il n'était pas question de travailler une minute de plus. Les gens étaient plus motivés. » •
> « Et pourtant, je me suis levée tôt... Une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires », Elsa Fayner, Éditions du Panama, 15 euros.

La Voix du Nord

ZOOM

Contrats courts, temps partiel subi, rémunérations faibles, horaires atypiques. Le quotidien des travailleurs précaires.
 > L'intérim et les contrats courts. - Entre 1996 et 2000, le nombre d'intérimaires a doublé dans le Nord - Pas-de-Calais.
En 1999, dans la région, 58,4 % des salariés étaient en contrat à durée indéterminée. 7,4 % en contrat à durée déterminée, et 2,1 % placés par une agence d'intérim. La direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) estime la durée moyenne d'emploi en intérim à deux mois et demi à temps plein, la durée moyenne d'une mission étant de deux semaines. Un intérimaire sur sept a été en mission pendant au moins six mois en 2006.
 > Le temps partiel. - Les cotisations sociales ont été allégées, entre 1992 et 2000, pour les entreprises qui embauchent à temps partiel. Ainsi, de 1,6 million d'actifs à temps partiel en 1980, on est passé en France à près de 4 millions en 2002. Le temps partiel est plus courant dans le tertiaire et concerne surtout des personnes peu qualifiées, souvent embauchées en contrat à durée déterminée. Huit travailleurs à temps partiel sur dix sont des femmes. En 1998, quatre salariés à temps partiel sur dix souhaitaient travailler plus longtemps.
 > Les horaires. - Parmi les actifs, 29 % travaillent le dimanche et 15 % la nuit. Dans l'hôtellerie et la restauration, ces chiffres passent respectivement à 61 % et 22 %. Deux actifs sur dix travaillent plus de quarante heures par semaine et près de trois sur dix ont des journées de plus de dix heures. Plus de la moitié des salariés français déclarent faire des heures supplémentaires non payées. •  V. S.

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