DÉVELOPPEMENT
Calais et Boulogne : deux ports à marier qui font des projets
jeudi 26.06.2008, 04:59C'est un nouvel effet de la décentralisation : la Région est désormais propriétaire des ports de Calais et Boulogne. Ceux-ci se regrouperont dans une structure portuaire unique tandis que les deux chambres de commerce vont également fusionner. Une petite révolution qui doit déboucher sur des projets complémentaires et des investissements de 680 millions d'euros d'ici à 2015.
Grand oral lillois pour les « décideurs » calaisiens et boulonnais. Devant les conseillers régionaux et les membres du CESR, les présidents des CCI de Calais et Boulogne, Jean-Marc Puissesseau et Francis Leroy puis les maires des deux villes, Frédéric Cuvillier et Natacha Bouchart, ont présenté hier les projets de leur port respectif à l'horizon 2015.
Dans un contexte de croissance des échanges et du trafic maritime mondial, les enjeux sont d'importance. Revue de détail.
> Calais 2015 et sa future jetée. - Le Tunnel n'a pas tué le trafic transmanche. Il n'a capté qu'un tiers du marché. À Calais, on mise sur une croissance de 5 % l'an et l'on envisage l'ouverture de nouvelles lignes maritimes vers le nord de la Grande-Bretagne et le nord de l'Europe. Le port a vu passer l'an dernier 12 millions de passagers, 41 millions de tonnes de marchandises, 2 millions de voitures. Côté camions, le chassé-croisé quotidien correspond à 5 200 poids lourds.
Le projet d'extension du port prévoit la réalisation d'un nouveau bassin de 120 hectares et un accroissement des terre-pleins de 90 hectares, en partie gagnés sur la mer. Il suppose la construction d'une nouvelle jetée d'une longueur de 2,5 kilomètres.
Parallèlement, il faudra développer les superstructures (six passerelles supplémentaires) et diversifier les activités vers le cabotage, la logistique, éventuellement les bateaux à grande vitesse et la croisière. Calais 2015 représente un investissement de 400 millions d'euros.
> La triple carte boulonnaise. - Pour l'horizon 2015, le port de Boulogne s'imagine un avenir assis sur trois piliers : la pêche et le développement des produits de la mer (40 000 tonnes de poisson sont débarquées sur les quais mais 380 000 tonnes traitées sur place à Capecure), le trafic transmanche revenu depuis 1985 (700 000 passagers l'an dernier), enfin une vocation touristique portée notamment par le port de plaisance.
Boulogne dispose d'un atout rare : à sa surface portuaire d'une centaine d'hectares s'ajoutent quarante hectares supplémentaires rendus libres par le départ de la COMILOG. Un parc d'activités industrielles et tertiaires devrait voir le jour sur ce site avec, à la clé, six cents emplois nouveaux.
Autre projet : un hub port, un terminal spécialisé dans le transit des produits périssables. Quant au quai de l'Europe, on prévoit de l'équiper pour la manutention de conteneurs. Un terminal de ferroutage pour une liaison Boulogne - Italie du Nord est également envisagé.
Quant au port de plaisance, les 470 anneaux (14 000 nuitées pour 3 200 visiteurs l'an dernier) doivent faire des petits. Dans les cartons figurent la mise en service progressive de deux cents anneaux supplémentaires et l'éventuelle réalisation d'un port sec de 350 places.
Certains plaident même pour un développement plus ambitieux de la carte touristique boulonnaise en misant sur la plaisance. « Un port de 2 500 anneaux ne serait pas incongru », estime Bruno Bonduelle, le président de la CCI lilloise, en rappelant que c'est la capacité du port belge de Nieuwpoort.
> Débat public. - Compte tenu des investissements envisagés, notamment à Calais, le conseil régional va saisir la Commission nationale du débat public. Celle-ci pourrait, comme pour le projet d'autoroute A24, organiser une concertation sur ces projets portuaires.
Enfin, le développement futur du port de Calais suppose que l'État accepte de transférer à la Région une partie de son domaine public maritime d'environ 200 hectares.


