PECHE
La France veut réformer en profondeur les quotas de pêche
mardi 30.09.2008, 05:02Lors de sa visite en janvier sur le port de Boulogne-sur-Mer, Nicolas Sarkozy avait surpris en déclarant vouloir profiter de la présidence française de l'Union européenne pour remettre à plat le système des quotas de pêche, sur lequel s'appuie l'Europe pour favoriser la reconstitution des stocks de poissons. Hier à Bruxelles, lors d'une réunion des ministres de la Pêche, la France est passée à l'action.
Les plus libéraux préconisent un système qui attribuerait aux pêcheurs des quotas qu'ils pourraient se revendre entre eux. Cela aurait pour effet de les responsabiliser davantage. La France propose une solution intermédiaire avec des quotas individuels attribués par l'État et non monnayables (lire ci-dessous). Jusqu'à aujourd'hui, ces quotas sont renégociés annuellement entre États membres. Il s'agit de rediscuter d'un mode de gestion de la ressource très controversé chez les pêcheurs, notamment ceux de Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche français.
Plans pluriannuels ?
Depuis six mois, ces derniers bataillent pour obtenir davantage de quotas de cabillaud, une espèce qu'ils jugent abondante. Après un printemps d'action (lire ci-contre), ils ont obtenu, début juillet, une rallonge de 50 tonnes de cabillaud en Manche. Trop insuffisant pour finir l'année. En cette fin septembre, ce quota de captures est à nouveau épuisé.
« La répartition du début d'été fut inégale, s'agace Vincent Toulomon, directeur de la coopérative maritime étaploise qui regroupe quatre-vingts chalutiers. Le cabillaud est en abondance le long de nos côtes et c'est nous qui obtenons le moins. » Les pêcheurs bretons, forts de six cents bateaux, ont eu bien plus et les Boulonnais demandent un nouvel arbitrage en leur faveur. Ils réclament 300 tonnes pour finir l'année, « mais aussi plus de quotas de hareng et des aides aux entreprises de mareyage de Capécure (plate-forme de transformation du poisson) ».
Dans sa réforme, Le ministre de la Pêche, Michel Barnier, plaide aussi pour des plans sur plusieurs années pour donner plus de garanties et de visibilité à la profession. Il souhaite aussi une meilleure concertation entre scientifiques et pêcheurs. De son côté, Bruxelles s'arc-boute sur sa volonté de réduire la flottille française, trop importante par rapport à la ressource. Dans le cadre du plan de restructuration de la pêche française, cinq bateaux boulonnais en situation financière difficile sont concernés par le plan de sortie de flotte.
ZOOM
Comment s'opère la répartition des quotas ?
Le système actuel. - Les comités scientifiques, composés de tous les États membres et chargés d'évaluer la ressource, font remonter des propositions vers la Commission européenne. Sur cet avis scientifique par espèce, zone de pêche et État membre, la Commission fait des propositions. La décision finale appartient au conseil des ministres européens de la Pêche. S'y opposent, selon un expert européen, « les amis des poissons » et « les amis des pêcheurs ». Les tractations sont aussi ardues car des États n'ayant pas de façade maritime ont quand même un droit de vote. Tout l'art réside alors de négocier avec eux...
Le système proposé. - Un quota attribué à chaque pêcheur, qui pourrait le revendre. Cela se fait en Norvège. Ce système contraint les professionnels à prendre soin de la ressource car si l'espèce est décimée, le quota ne vaut plus rien. La France milite pour un système mixte non monnayable car elle redoute une concentration des droits à capture aux mains d'entreprises puissantes qui étoufferaient ainsi les pêcheurs artisanaux.


