À la criée de Boulogne-sur-Mer, le poisson se vend désormais... en silence
lundi 04.01.2010, 05:02A Boulogne-sur-Mer, le poisson est vendu à la criée dans un silence quasi-monacal. L'ancestrale « vente à la voix » a laissé place en 2008 à un système totalement informatisé.
Bien sûr, ça a perdu de son charme, ça manque désormais d'ambiance, de vie. Mais Boulogne, premier port de pêche français, se devait de rester à la pointe de l'innovation. Alors, l'an dernier, la chambre de commerce et d'industrie (CCI), organisme gestionnaire du port de pêche, a transformé l'historique criée en salle de vente informatisée.
Plus de transparence
« Les criées européennes sont aujourd'hui toutes informatisées. Cela facilite les opérations de vente, les rend plus transparentes. Cela permet aussi d'informer les mareyeurs sur les prévisions d'apport de poissons au port par les chalutiers », explique Bernard Wyts, directeur des services portuaires à la CCI.
Jusqu'à l'an dernier (février 2008) et la mise en service de l'outil actuel, la vente se faisait « à la voix » et les acheteurs levaient la main pour montrer leur intérêt sur un lot de poissons. Difficile d'imaginer cette scène quand on voit le fonctionnement actuel. Tous les jours (le mercredi et le samedi sont des gros jours de vente), aux aurores, les représentants des entreprises de mareyage (quatre-vingts sociétés agréées pour acheter à la criée) prennent place dans l'amphithéâtre pour participer aux enchères du jour. L'oreille collée au téléphone portable, ils appuient sur des boutons, dans un grand silence.
« Lorsque l'acheteur appuie sur le bouton qu'il a devant lui, il arrête l'enchère qui est descendante, détaille Bernard Wyts.
Il devient adjudicataire. Deux autres acheteurs peuvent s'inscrire sur la même transaction. L'opérateur placé en bas interroge le plus rapide. Si ce dernier prend tout le lot, il n'y a plus rien pour les autres. S'il n'a pas tout pris, on interroge le deuxième, puis le troisième. Et s'il reste de la marchandise sur le lot, on redémarre une enchère. On travaille avec trois cadrans, bien qu'on en ait quatre, car ce n'est pas facile pour les mareyeurs de suivre les ventes sur quatre cadrans en même temps. »
Les sociétés d'écorage, une spécificité
Le prix de départ des enchères peut être fixé par les sociétés d'écorage. Elles peuvent aussi mettre « un prix de barrage et dire " en dessous de tel prix, on ne vend pas". » Mais qu'est-ce qu'un écoreur ? « Un écoreur est un agent qui réalise un certain nombre d'opérations pour le compte du bateau pour lequel il travaille, dont surtout la mise en vente du poisson à la criée. À Boulogne, ces écoreurs sont la coopérative maritime étaploise, Unipêche (entreprise de Jacques Wattez, président du club de foot de l'USBCO), Boulogne écorage et C2MC. » Ces écoreurs sont une particularité boulonnaise. Ailleurs en France, le producteur (l'artisan-pêcheur) confie directement sa marchandise à la criée pour qu'elle soit mise en vente.


