CENTRALE NUCLÉAIRE DE GRAVELINES
« Pour assurer notre production, il faudrait des éoliennes jusqu'à la côte basque ! »
jeudi 09.02.2012, 05:16
En 2011, la centrale de Gravelines a déboursé 165,5 millions d'euros en dépenses de maintenance.Dans un rapport publié la semaine dernière, la Cour des comptes chiffre à 228 milliards d'euros l'ensemble des coûts liés à la production d'électricité nucléaire en France depuis 40 ans. Trop cher, le nucléaire ? Réponse du directeur de la centrale de Gravelines, la plus puissante d'Europe avec six réacteurs de 900 mégawatts, et des associations de défense de l'environnement du littoral.
Dans son rapport, la Cour des comptes pointe plus particulièrement l'augmentation des coûts de production liée à une envolée des frais de maintenance. Des frais qui, selon elle, devraient doubler entre 2011 et 2025. « On parle de plus de 200 milliards investis, mais pour sortir du nucléaire, ce sont 750 milliards qu'il faudrait débourser. Aujourd'hui, je ne pense pas que la France pourrait se permettre une telle dépense », souligne Jean-Michel Quilichini, directeur de la centrale de Gravelines, avant de comparer le prix de l'électricité à celui d'autres énergies, « soit 49,5 euros le mégawatt/heure pour l'électricité, entre 70 et 80 pour le gaz, 130 euros pour l'éolien et entre 250 et 300 pour le solaire ».
Autre argument avancé par l'industriel : les retombées pour l'économie locale, soit 45,4 millions reversés au titre de la taxe sur les installations nucléaires, 15,4 de taxe foncière et 165,5 millions de dépenses de maintenance en 2011, « dont 85 % profitent aux entreprises locales et régionales ».
Le nucléaire, source de marchés et d'emploi ? « Les énergies renouvelables aussi, tous les économistes le disent », rétorque Jean Sename, président de l'ADELFA, collectif d'associations de défense de l'environnement du littoral dunkerquois, qui se félicite du contenu du rapport de la Cour des comptes. « Il a remis les pendules à l'heure car EDF et AREVA ont toujours minimisé le prix du nucléaire, estime-t-il.
Quant aux chiffres qu'ils avancent, ils sont d'autant plus erronés qu'EDF est incapable de fixer le coût du démantèlement d'une centrale. Et que dire du prix d'un EPR, qui a quasiment doublé, passant de 3 à 5 milliards ? »
« Passer aux actes »
Reste que le coût des énergies renouvelables demeure onéreux, ce que ne conteste pas Jean Sename. La faute à quoi ? « Pendant 30 ans, on a fait que du nucléaire, constate-t-il. Nous avons pris beaucoup de retard dans le développement de technologies nouvelles et n'avons pas assez investi dans la recherche. Aujourd'hui, il est temps de respecter les orientations du Grenelle et de passer aux actes pour rattraper un peu ce retard. »
Les nouvelles technologies, justement. À titre d'exemple, combien faudrait-il d'éoliennes pour assurer la production de la centrale de Gravelines, soit 37,6 milliards de kWh en 2011 ? Cette question, Jean-Michel Quilichini l'a posée à son homologue de Cruas, en Ardèche, qui possède deux éoliennes de 3/4 mégawatts (les plus puissantes font 5/6 MGW). « Avec ses deux éoliennes, explique-t-il, Cruas, dont les réacteurs ont une puissance égale aux nôtres, ne produit que l'équivalent d'une heure et demie d'électricité. »
En sachant qu'une année totalise 8 760 h, « il faudrait donc des dizaines de milliers d'éoliennes. De quoi tapisser le littoral, de Dunkerque jusqu'à la côte basque ! », en déduit Jean-Michel Quilichini. Des milliers d'éoliennes du nord au sud ? Pas sûr que tout le monde verrait cela d'un bon oeil...

